Angelina Jolie est une comédienne fascinante.

Au delà de sa grande beauté, c’est cette sensibilité et ce charisme qui émanent d’elle qui sont troublants. Une image inhabituelle également, un mélange de provocation, une femme fatale à la Jean Harlow, un franc-parler et une indépendance à la Ava Gardner, mais aussi et surtout quelqu’un qui ne fait pas mystère de ses blessures qui affleurent en permanence et la rendent profondément émouvante. Elle fut propulsée un peu vite et un peu à contresens, au statut de star par la série -discutable- des Tomb Raider. On la réduit souvent à cette image de Lara Croft à la plastique parfaite.

Cependant, dans bien des rôles et depuis longtemps, elle exprime bien d’autres choses, capable de s’imprégner avec intensité des tourments les plus profonds. Il y a en elle cette fragilité inattendue, que sa réputation parfois sulfureuse a éclipsée. Donc, bien loin des tabloïds et des a priori tous plus ridicules les uns que les autres qui courent sur son compte, concentrons-nous sur la grande actrice qu’elle est et qui a retrouve enfin la reconnaissance et des rôles enfin à sa mesure, dans le controversé Alexandre d’Oliver Stone, dans le très bon Raisons d’Etat de Robert de Niro et surtout dans Un coeur invaincu de Michael Winterbottom où elle se fond d’une manière impressionnante dans la peau de Mariane Pearl, femme du journaliste assassiné Daniel Pearl.

Aller au bout d’un personnage

Dans l’une des meilleures émissions de « Inside the actor’s studio » (avec celle de Robin Williams mais c’est un autre sujet), on découvre une femme vive, drôle, d’une timidité discrète, excentrique, intense, émouvante, d’une incroyable et rare sincérité, une liberté de ton tout bonnement hallucinante. Capable de dire des choses comme « J’étais déjà très sexuelle au jardin d’enfants » ou encore « voulez vous vraiment que je parle de la scarification car je peux ». Une femme qui ne cache rien de ses zones d’ombres, qui les assume parfaitement et presque fièrement. On sent chez elle une grande force paradoxale, car fondée sur une instabilité intense. Elle affirme donc à un James Lipton absolument médusé et avec un aplomb absolument désarmant qu’elle a expérimenté toutes les formes d’addiction. Fille de Jon Voight et proche de sa mère qui est selon elle un pur produit des sixties, on sent en elle une absence de tabous, un engagement et une ouverture d’esprit exceptionnelles. Tout au long de cette interview, elle vous tient sous son charme étrange. On se dit qu’elle est réellement unique et irrésistible, cette femme et que le cinéma l’a souvent sous exploitée. Elle est une nature extraordinaire, hors du commun, proche des son instinct, de ses sensations, de ses intuitions, ce qui se sent dans son jeu.

Elle a été une jeune actrice excessive, repoussant toujours ses limites, jouant de toutes ses blessures, ses névroses, avec un côté tête brûlée, provocateur et autodestructeur. De bien des manières elle est une rock star, dans la lignée des grands maudits, comme Jim Morrison, on sent cette subversion en elle, cette profonde fêlure aussi mais exposée crânement avec un aplomb qui attire le scandale des bonnes gens et une charisme certain.

Dans Foxfire, en 1996, tiré de Confessions d’un gang de filles de l’une des plus grandes romancières en activité (ma préférée en tous cas), Joyce Carol Oates, elle incarnait Legs, la sublime, la dangereuse, l’inspiratrice et la mystérieuse meneuse de ce gang de jeunes filles vengeresses. Son apparition dans le film en dit long. Elle est une étrangeté extraordinaire dans le monde conformiste et codifié au possible d’un campus américain. Avec elle arrive le frisson, le danger, l’interdit. Ce qui est souvent le cas dans ses premiers rôles importants, elle incarne la rébellion absolue.

Elle a cette phrase étonnante: elle garde ses personnages en elle. Il y a un film (produit par HBO) intitulé Gia (traduit d’une manière assez ignoble par « Anatomie d’un top model ») sur la vie de Gia Carangi, mannequin rebelle et incontrôlable, lesbienne, junkie, passionnée, autodestructrice et qui est morte du Sida, à l’époque où le virus n’était pas encore très connu et n’éveillait que la terreur (en 1986). Et Jolie se jette littéralement dans ce rôle, cette vie déchaînée qui se consume. Ce qu’il y a de bouleversant dans sa composition, c’est qu’elle n’a absolument rien d’artificiel. Elle n’a pas de poses, ni de « trucs », elle incarne le rôle et le vit d’une manière presque dérangeante à force d’engagement. On a l’impression qu’elle s’y jette toute entière et sans protection, de toutes ses forces dans la peau du personnage, sans se protéger de ses démons, s’identifiant même à sa souffrance, à son besoin d’amour, à son côté déjanté, inquiétant et dangereux pour elle-même. Il n’y a plus de frontières entre l’actrice et son personnage, on le sent d’une manière perturbante.

Jolie n’a pas peur des gouffres. Ce courage et cette audace sont à couper le souffle. Si elle est belle, et elle l’est extrêmement, c’est par cette faculté rare de s’engager complètement, se consacrer à un rôle avec intensité. On a sans cesse le sentiment qu’elle laisse quelque chose d’elle-même, qu’elle risque quelque chose, que ça n’a rien d’un jeu, car ce sont ses propres blessures qui structurent son rôle et celui de Gia en particulier. Si elle est incandescente, en particulier lorsqu’elle s’aventure dans les coins sombres d’un caractère, sans peur du noir, c’est qu’elle ne joue pas ces névroses, elle les vit. Elle a cette manière d’aller dans l’excès, profondément, en se servant de ses fêlures à elle fait penser qu’on est là devant quelqu’un qui ne triche pas, épousant totalement son rôle et sa déchéance. Funambule au dessus de l’abîme comme une Rock star.

Gia rapporta à Angelina Jolie des récompenses comme le Golden Globe. Mais ce rôle était si proche d’elle, elle l’avait porté si fort et si loin, qu’elle prit pendant un temps des cours de mise en scène à New York, car elle ne savait pas si elle avait encore quelque chose à exprimer en tant qu’actrice, elle a joué avec le feu avec ce personnage, s’est plongée dans le rôle au risque de s’y perdre tant elle se sentait proche de la nature de son personnage.

Pourtant elle reprend avec une énergie extrême le rôle de Lisa, une jeune femme perturbée et incontrôlable dans Une vie volée. Et elle crève l’écran. Le film change de dimension quand elle apparaît. Elle y tient pourtant un rôle secondaire. Mais elle échappe à toutes les tentatives pour la cerner. Winona Ryder joue une jeune femme à problèmes typique, qui après qu’on lui ait diagnostiqué des troubles de la personnalité se trouve internée. Elle y rencontre d’autres filles perturbées comme elle. Et Angelina Jolie fait une entrée fracassante et sauvage dans ce Vol au dessus d’un nid de coucouféminin qui sans elle perdrait son intérêt.

Lisa est sans inhibition, d’une lucidité mordante et implacable. Elle apporte sa profondeur, son supplément d’âme à ce personnage, cette énergie qui n’appartient qu’à elle. Elle le rend explosif, fantaisiste, sombre, dangereux, provocatrice, complexe. Encore un personnage sur le fil, près à basculer à n’importe quel moment. Il y a chez elle cet aura, cette manière de s’imposer naturellement dans la peau du personnage, toujours à la limite, entre rébellion et fragilité. Quelque chose de tourmenté qu’elle apporte en plus, quelque chose qui est en elle comme un danger perpétuel, quelqu’un d’absolument hors ormes. Elle arrive à exprimer ces accents vénéneux, magnétiques, uniques. Chacune de ses scènes se distingue comme un moment d’exception au milieu d’une oeuvre académique, car elle s’y jette totalement, là où Winona Ryder reste par exemple un peu en retrait. Angelina Jolie joue de toute sa passion, comme une écorchée vive, intense, violente, mystérieuse. Pour ce film où elle est une fois de plus magnifique (et dont elle est véritablement la seule révélation), elle remporta, avec raison l’oscar du second rôle. Encore un rôle marquant pour elle. Et la consécration.

S’égarer dans les blockbusters

Ainsi, lorsqu’on lui propose pour la première fois l’icône vidéoludique Lara Croft, héroïne de Tomb Raider, sa première réaction fut d’en être offensée. Le personnage de pixels se distinguait d’abord par ses tenues très courtes et son énorme poitrine, un fantasme ouvertement masculin, la femme objet ultime que l’on pouvait manipuler par joystick interposé. Pas vraiment ce à quoi Jolie, adepte des personnages torturés, et géniale dans sa manière d’incarner sans détours leur névroses, étaient habituée. Pourtant elle se laissa tenter. Ce qui fut fort dommageable pour son image, désormais injustement proche de son avatar virtuelle, ce qu’on ne peut que déplorer lorsqu’on voit la qualité discutable des deux films, sorte de sous-James Bond et de sous-Indiana Jones. De ces films sans imaginations qui capitalisent ouvertement sur l’ampleur d’un phénomène potentiellement rentable, le pur produit hollywoodien dans ce qu’il peut avoir de plus médiocre (avec des effets spéciaux dignes d’une playstation, ce qui n’est pas hors sujet pourrait-on me rétorquer, mais quand même!). Angelina Jolie se prête donc à ce jeu discutable. Et s’il est une chose à sauver de cet océan convenu, c’est bien elle. Car elle donne à son personnage cette dose de nonchalance amusée, cette ironie constante et cet engagement physique total propre aux grands héros du cinéma d’action (et proche du jeu video original). Il y a aussi ce face à face avec son père Jon Voight, avec qui elle a un lourd passé et des rapports problématiques, qui dépassent de très loin les enjeux rachitiques du film (et ses dialogues indigents). On retrouvera ce même syndrome avec Mr and Mrs Smith, où la seule chose à retenir est l’alchimie et la fantaisie qui unit les deux acteurs principaux (Brad Pitt et elle-même). Il est cependant extrêmement regrettable qu’une actrice de cette trempe, avec cette capacité d’expression absolument bouleversante, cette faculté à composer des rôles exceptionnellement profonds et d’une complexité rare, aille régulièrement se compromettre dans ces purs films de studio ou ces innommables navets (60 secondes chrono et autres Capitaine Sky et le monde de demain).

Le gros problème de cela est que très vite son talent d’actrice est éclipsé par ces gros blockbusters calibrés dont les héros simplistes lui laissent assez peu de place pour déployer son jeu. Il n’est pas rare de la voir totalement peoplisée, ou victime de comparaisons infâmantes avec des bimbos sans âme. L’image intense de ses débuts éclatants et pleins de feu se trouve éclipsée par sa filmographie devenue inégale. On oublie Une vie volée ou Gia, on ne retient que Lara Croft. Un peu pris dans cet état d’esprit, et connaissant le parcours de la comédienne encore assez mal, je la découvris dans le controversé Alexandre d’Oliver Stone, et elle m’impressionna.

Si le projet démesuré d’Oliver Stone n’atteint pas toujours son but, l’interprétation d’Angelina Jolie est, elle, à couper le souffle. Le grand dessein du metteur en scène était de revivifier les mythes de la Grèce antique à travers l’évocation de son plus grand conquérant. Le résultat est ampoulé certes et sans doute un brin trop démonstratif mais dans plusieurs scènes, il parvient à la hauteur de ses prétentions. Jolie incarne la mère du conquérant, Olympias, sensuelle, ensorceleuse, machiavélique et presque incestueuse. Elle joue de toute sa fureur cette femme qui hait son mari, et fait tout pour que son fils rencontre son grand destin. A bien des égards, elle est sa malédiction car elle ne recule devant rien y compris les complots les plus sombres pour imposer la légitimité d’Alexandre et garder son emprise sur lui.

La comédienne joue parfaitement cette ambiguïté. Elle se laisse aller à son ambition maternelle qui confine à la furie. Elle pousse son personnage jusque dans ses derniers retranchements, notamment dans la scène où elle chasse Philippe de Macédoine de sa couche (hurlant cette réplique magnifique d’un visage déformé de fureur: « j’ai porté dans mon sein celui qui sera mon vengeur »). On retrouve son intensité, ce côté excessif, cette manière de jouer avec ses tripes, aux limites de la démence qu’elle seule parvient à faire sonner juste et qui convient parfaitement à l’emphase dyonisiaque que Stone a voulu donner à son film. Seule elle et Val Kilmer sont au diapason du metteur en scène et font comprendre son intention première : faire renaître le bruit et la fureur de l’antiquité. Elle incarne cela, dans le rôle de cette femme au mysticisme trouble et aux habitudes sulfureuses (elle vit entourée de serpents). Et pour leurs performances immenses, il faut voir ce film (et passer sur Colin Farrell sa perruque blonde et son air plaintif, en gros l’une des plus grosses erreurs de casting de ces dernières années).

Evoluer dans sa vie et dans son jeu

Angelina Jolie a atteint un nouveau statut, celui d’icône, de star au sens le plus classique du terme. Les journaux people s’affolent autour d’elle, on a vu l’hystérie se déchaîner autour d’elle à Cannes. Elle attire la lumière. Mais il y a cette fragilité extrême, en même temps que cette faculté de « choquer le bourgeois ». Il y a cette intelligence profonde, cet engagement d’une intégrité sans failles, en tant qu’ambassadrice de bonne volonté pour le Haut commissariat pour les réfugiés des Nations unies. Elle est une activiste qui sert ses convictions et parcoure le monde à cette fin humanitaire. On entend toutes sortes de railleries stupides sur les enfants qu’elle a adoptés. Or il n’y a pas à douter de sa sincérité. Elle voyage, elle va en des lieux où la misère règne et elle s’y attache, elle prend tout cela à coeur. Elle s’investit en cela comme dans son métier, entièrement. Elle ne se contente pas d’apposer sa signature au bas de pétitions bien-pensantes, elle se confronte à la dureté du monde, s’y identifie aussi d’une manière presque viscérale. Un peu à l’image de quelqu’un comme George Clooney, lui aussi réduit à un stéréotype au début de sa carrière, qui s’investit aujourd’hui dans de nobles combats (notamment aux côtés de son père pour contribuer à attirer l’attention médiatique sur la situation au Darfour). Elle a fait une annonce assez troublante pour une star de Hollywood, voici quelques mois. Elle gagnait plus d’argent qu’il ne lui en fallait par film et elle allait reverser une partie de son cachet aux oeuvres et aux causes auxquelles elle croit et dont elle s’est fait l’ambassadrice. Une telle attitude est hautement respectable, morale et rare dans un monde du cinéma assez hypocritement généreux mais en réalité cupide et mercantile. Cela force l’admiration et le respect.

A présent, on la voit se tourner vers des rôles plus nuancés. Même si beaucoup de réserves peuvent être émises en ce qui concerne Mr and Mrs Smith (sorte de True Lies mou du genou qui ne tient que par l’osmose du couple principal), Jolie a quelque chose de charmant, un charme canaille, un sens de l’ironie qui rappelle fort ces grandes dames de l’âge d’or, quelque chose de Katharine Hepburn. A la fois très féminine et très dominatrice, pleine de malice et d’une indépendance farouche qu’aucun homme ne viendra dompter. Il y a cette atmosphère un peu désuète dans ce film, un peu une comédie sentimentale classique en fait, c’est ainsi que les deux acteurs principaux le jouent, un rapport d’amour-haine entre deux tempéraments très forts (ceux des comédiens plus que de leurs personnages). Et c’est grâce à ce duo, on ne peut plus classique que le film devient supportable.

Angelina Jolie trouve davantage de rôles inhabituels pour elle. On aurait pu la croire définitivement condamnée à jouer les jeunes femmes perturbées où les héroïnes d’action très physiques. Cependant, un virage très notable s’effectue dans sa carrière. Elle est l’épouse délaissée de Matt Damon dans Raisons d’Etat de Robert De Niro. Elle est donc au début du film égale à elle-même, sensuelle et sexy. Mais au fil du temps et de ce mariage avec un homme qui ne l’aime pas, elle est désespérée, esseulée, résignée, peu à peu aigrie, dans une retenue qu’on lui a finalement assez peu connue. Elle a un jeu ici plus intériorisé qu’à l’accoutumée, plus nuancé, moins déchaîné. Elle joue également une femme qui vieillit, sur qui la vie passe laisse traces, douleurs et frustrations silencieuses. Même si elle est un rôle secondaire, elle est le pan humain de l’histoire de la CIA vue par De Niro, une sorte de victime collatérale et invisible du dévouement de son mari qui ne l’a jamais aimée à l’agence. Un très beau rôle, assez surprenant, révélateur d’une évolution notable de la comédienne plus assagie, mais toujours avec ces sentiments forts qu’elle parvient à faire ressentir d’une manière cependant moins démonstrative et directe que dans ses premiers rôles.

Plus proche de ses combats, on note l’intéressant Sans Frontières (Beyond Borders) de Martin Campbell, qui est proche d’elle puisqu’il raconte la prise de conscience d’une femme aisée qui va suivre un homme (Clive Owen), engagé dans une grande cause humanitaire (aider les enfants affamés en Afrique). De l’intention aux actes, à l’image de la comédienne. Si l’histoire d’amour est un tantinet convenue, on sent qu’Angelina Jolie suit dans ses rôles la courbe de sa vie, comme elle l’a toujours fait (car elle reconnaît volontiers que Gia, la tourmentée, lui ressemblait fort). Elle a produit elle-même Lovesick, film contre le mariage forcé dénonçant le poids d’une culture traditionnelle qui opprime les femmes. Elle a pris conscience des souffrances du monde et s’écarte un peu de ses explorations de personnages torturés et finalement assez repliés sur eux-mêmes.

Ainsi en la découvrant dans le rôle de Mariane Pearl dans Un coeur invaincu de Michael Winterbottom (sortie le 19 septembre), on ne peut qu’être profondément ému. Parce qu’on découvre un rôle fort, enfin, pour Angelina Jolie, dont la filmographie connaissait de sérieuses baisses de régime après ses débuts explosifs, l’actrice s’est véritablement fondu dans le rôle, jusqu’à changer discrètement son apparence, adopter l’accent français, se métamorphoser, ressembler véritablement à son modèle tout en demeurant elle-même. Un rôle enfin à la hauteur de sa puissance d’émotion, mais pas furieux comme aux premiers temps, teinté d’une nuance totalement poignante et juste, à la hauteur aussi du traitement presque documentaire de la mise en scène de Winterbottom. Sans doute une date dans la carrière de la comédienne, car on prend avec force conscience de son immense richesse de jeu. Et puis Mariane Pearl la courageuse méritait d’être servie par la force et l’engagement d’Angelina Jolie. Un rôle qui ressemble à une symbiose, un équilibre parfait de tout ce que l’actrice peut dégager. Il y a ce moment fugitif où on lui demande ce qu’elle dirait à son mari si elle pouvait lui parler et elle répond avec une intensité pleine d’espérance, bouleversante et évidente: « I love you ». Un petit moment comme ça, d’une simplicité et d’une justesse qui vous tire les larmes.

On pourra dire tout ce qu’on voudra sur Angelina Jolie, la juger à l’emporte pièce et on ne s’en privera malheureusement pas. Elle ne laisse assurément personne indifférent. On pourra pointer ses excentricités, colporter ces rumeurs étranges, se repaître de photos volées avec son compagnon ou avec ses enfants. On pourra même moquer ses engagements, se repaître des tabloïds estivaux. C’est le côté obscur des acteurs bankables et aussi l’injustice profonde qui leur est faite car on en oublie presque leur talent.

Mais sans se concentrer sur les ragots, sur la plastique de la dame ou sur sa vie privée, on se rend compte qu’on est devant une actrice d’une intensité et d’une générosité rares, qui s’investit souvent d’une manière extrêmement troublante dans ses rôles, qui s’y engage totalement avec une audace et une intelligence dont bien peu sont pourvus. Avec la sortie du De Niro et du Winterbottom, son apparition dans le Sin city 2 de Miller et Rodriguez, on a l’impression que le malentendu se dissipe enfin et qu’on redécouvre la richesse de son jeu: cette grande force alliée à cette grande vulnérabilité qu’elle parvient à insuffler à ses rôles. Car elle est enfin redécouverte et reconnue à sa juste et grande valeur, celle d’une comédienne intuitive, qui livre régulièrement des prestations remarquables, dans des films qui n’ont pas toujours été à sa hauteur.

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