Assassin’s Creed 5 : Black Flag Pirates des Caraibes

Comme chaque année, depuis maintenant un sacré bout de temps, en fin d’année quelques grosses licences se disputent les faveurs des joueurs. Entre FIFAPESCall Of DutyBattlefield et consort, les quelques mois séparant la rentrée des classes de Noël et de la nouvelle année sont une période essentielle pour les mastodontes du jeu vidéo et leur jeux « AAA » (Jeu vidéo à gros budget et au marketing très développé, dont la sortie bénéficie d’une large couverture par les médias). Membre aujourd’hui essentiel de cette liste de blockbusters, la saga Assassin’s Creed, depuis maintenant six ans, enchaîne les jeux de façon mécanique, son originalité et son identité, se perdant elles dans les failles d’un scénario de plus en plus alambiqué (à la limite du Z) et un marasme d’influences mal digérés.

L’histoire autour du jeu Assassin’s Creed 5

Remontons quelques années en arrière, en 2007 pour être exact, Ubisoft, aux commandes d’une nouvelle licence, tease une cinématique et une séquence de gameplay absolument renversante mettant en scène un héros capuchonné pour le moins iconique dans un contexte historique des plus original, celui de la troisième croisade (12èmesiècle), son nom : Assassin’s Creed. Malgré ses concepts de jeux étonnants et son intrigue aussi originale qu’énigmatique, le jeu déçoit un grand nombre de joueurs (les attentes étaient-elles trop grandes ?) en raison de la structure très mécanique de son récit et la répétitivité de son gameplay. Et pourtant, avec ce premier opus, articulé autour d’un concept scénaristique totalement fou à mi-chemin entre science-fiction et récit historique, Ubisoft frappe fort et marque à jamais l’histoire du jeu vidéo. La saga des Assassin’s Creed avait vu le jour et annonçait une licence pour le moins novatrice et surtout épique.  Pour la suite des évènements, les promesses sont nombreuses et le deuxième opus est attendu avec impatience.

Malheureusement, dès la sortie d’Assassin’s Creed II,  le sol s’effondre sous les pieds d’Ubisoft. Le contexte historique, bien que moins énigmatique et exotique que celui de son ainé, se révèle toujours aussi riche et parfaitement retranscrit, malheureusement les cabotinages du héros Ezio et la trop grande importance accordée, dans le récit, à la narration science-fictionnelle (de plus en plus poussive soit dit en passant) corrompt peu à peu les séquences à Florence et l’expérience de jeu (les séquences d’exploration sont bien moins intéressantes). Finalement, les deux récits s’imbriquent très mal et les développeurs finissent par prolonger les aventures d’Ezio dans deux opus « Add-on » sans grand intérêt (Brotherhood et Revelations) avant de pouvoir faire réellement avancé leur saga et offrir aux joueurs une nouvelle époque, une nouvelle expérience de jeu. Une grande partie des concepts d’Assassin’s Creed sont alors repensé et Ubisoft livre un nouvel opus construit autour d’une aire de jeu gigantesque, segmentée en plusieurs zones bourrées de vie, d’interactions et de quêtes annexes qui, en raison d’une mauvaise digestion des influences du studio, polluent la quête principale dans le passé comme dans le présent.

Un nouveau jeu jouissif !

Finalement, Assassin’s Creed III se révèle aussi jouissif, en raison de son moteur magnifique, de son monde vivant et de son background une fois encore retranscrit avec un sens du détail absolument renversant, que frustrant en raison du manque évident d’idées originales dont font preuve les créateurs pour donner de l’ampleur au personnage principal et des conséquences (même fictives) à ses actes sur son époque. On se retrouve donc souvent manette en main à se déplacer au milieu de séquences brillamment mise en scène pour inlassablement écouter, suivre ou assassiner discrètement divers personnages… aberrant. Et les séquences dans le présent, n’en parlons même pas ! Et pourtant, quelques bonnes idées structuraient des séquences de jeu vraiment intéressantes comme l’introduction des forts, d’une fonction stratège plus évoluée, ou encore des batailles navales. Autant de bonnes idées qui façonneront d’ailleurs le nouvel opus dont il est question ici, Assassin’s Creed IV : Black Flag et qui propulse le joueur pendant l’âge d’or de la piraterie dans le golf de La Havane.

Sachez-le, Black Flag est un épisode mutant, qui risque à la fois de faire de l’œil et de repousser, les amateurs comme les détracteurs de la saga Assassin’s Creed. Avant la sortie de ce nouvel opus, une question nous taraudait : la saga épique de Desmond s’est achevée à la fin d’Assassins Creed III, comment se peut-il alors que la licence continue, séparée de celui qui fût son héros depuis son premier opus ? Vous aurez la réponse après quelques heures passée dans l’Animus d’Assassin Creed IV. Et oui, car d’Animus, d’Assassins de Templiers et d’Abstergo, il est ici toujours question, mais leur impact sur les enjeux de ce nouvel épisode est moindre. En effet, plutôt que de continuer à nous fait croire que Templiers et Assassins contrôlent depuis toujours tous les Héros et ennemis de la Liberté de l’Histoire du Monde, Black Flag préfère, de façon beaucoup plus crédible et iconique, transformer cette guerre en contexte autour duquel gravitent diverses quêtes et héros, les objets sacré vénérant les deux sectes devenant autant de trésors que tous les aventuriers et pirates de l’Histoire se sont mis à chercher. Et ça tombe bien, puisque le héros de ce nouvel opus est un jeune pirate, avide de richesse qui va sillonner les eaux des Caraïbes parsemées d’îles, de carcasses de navire, de temples mayas et d’animaux en tout genre, pour le plus grand bonheur des joueurs, ébahis devant l’énormité, la beauté, la fluidité et la variété de l’espace de jeu.

Des détails hallucinant dans le jeu Black Flag

Le niveau de détails sur la terre (ville, jungle, etc.) comme sur la mer (les navires, les épaves enfouies, etc.) est hallucinant, la gestion de la flore, mais aussi et surtout de l’eau et des tempêtes est une vrai merveille, tandis que le cycle jour/nuit offre des jeux de lumières somptueux. Le tout, imbriqué, construit une ambiance irrésistible, terriblement jouissive et parsemé de moments de grâce totalement aléatoire et tout bonnement renversants, comme quant au son des vagues et des chants de marins le Jackdaw, votre navire, fend la mer vers le soleil couchant au milieu des baleines et autres dauphins.

Avec brio les développeurs ont ainsi mit l’accent sur l’univers, saisissant l’essence de cette époque ultra-violente, où le rhum coulait à flot et où les pirates avaient la main mise sur les mers des caraïbes, pour en faire une expérience à monde ouvert incroyablement vivant, d’une grande fluidité et ça presque sans aucun temps de chargement. Aux commandes de son navire et peu à peu de sa flotte, le joueur va pouvoir sillonner les mers, harponner des créatures gigantesques et dangereuses (baleine blanche, grand requin blanc, orque, etc.), explorer les moindres recoins des multiples îles, ainsi que les nombreux tombeaux sous-marin à la recherche de trésors enfouis, mais aussi mettre à sac les forts et bateaux du gouvernement en place afin de pouvoir piller en toute tranquillité les navires qui s’aventurent sur son territoire. Il est bien évidemment toujours possible de gérer son inventaire d’upgrader sa tenue, son repaire et son navire comme dans Assassins Creed III, de la même façon qu’une partie gestion ouvrira ses portes aux plus patients d’entre nous se lanceront à l’assaut des différentes voies marchandes en quête de marchandises à piller.

Il est donc évident qu’une fois encore ce nouvel épisode d’Assassin’s Creed s’avère plaisant à parcourir. Les divers objectifs et quêtes secondaires, agrémentés de quelques taches bien sympathiques comme la fabrication d’objets et de tenues, structurent une expérience riche et particulièrement jouissive. Malheureusement, en marge de toutes ces choses, on trouve une quête solo totalement insipide et vidé de son sens. En effet, tandis que les mécaniques de gameplay se fondent sur les épisodes précédents, ici jamais le héros ne fera partie de la guilde des Assassins (et pourtant contrats d’assassins, points de synchronisation et déplacements d’assassins sont toujours au cœur du jeu)… Le héros reste un pirate, et pourtant les nombreuses séquences de filature et d’assassinat, propre aux anciens opus, s’enchaînent de façon toujours aussi désespérante. Un manque de soin et d’ambition qui fait vraiment peine à voir et qui nous fait dire que la saga gagnerait aujourd’hui tout à se remettre totalement en question et à revoir sa structure, aussi bien dans sa narration que dans son gameplay, avant de commencer le développement de son nouvel opus qui, vraisemblablement, devrait se dérouler en France durant la première guerre mondiale. C’est d’ailleurs particulièrement clair lorsque l’on se penche sur les segments dans le présent. Des phases totalement désincarnées et inutiles, n’apportant strictement rien à la mythologie de la licence et développant en plus un discours méta-textuel grossier et hypocrite.

Laisser un commentaire