Burton et Hollywood, la nouvelle idylle ?

Lewis Caroll doit faire la toupie sous terre, sa suite d’Alice in Wonderland vient non seulement d’être revue et diffusée par l’un des réalisateurs les plus populaires de ce siècle, mais a aussi gagné une dimension sur l’écran !

Tim Burton le chouchou de Hollywood et Disney

Bien mieux utilisé que dans le dernier Cameron, la 3D prend ici un peu de sens…et un peu d’épaisseur. Bon, ce n’était certes pas indispensable de nous montrer les merveilles du pays de l’autre côté du miroir de si près, mais la magie y est. Et c’est tant mieux.

Parce que le film lui même y gagne un peu de saveur. Alice vue par Burton, on s’attendait à tout sauf à une héroïne bécasse et un peu niaise, qui adopte toutes les attitudes attendues et qui récite plus qu’elle n’incarne son personnage. Et le Chapelier Fou, si bien décrit par Caroll, affadi un Johnny Depp frustré qui tente, en vain de conserver son charisme, derrière des lentilles trop folles et un maquillage palot.

L’imaginaire du réalisateur génial de Sleepy Hollow n’est pas dissout pour autant. Et comme le diable, Burton se cache dans les détails ; le lièvre est fabuleux, la reine blanche (Anne Hathaway) est une barbie qui lève les bras dans une posture de poupée comtesse, montée par un escalier sur un cheval drapé de dentelles et vit dans un château qui n’est pas sans rappeler (non sans ironie), le célèbrissime logo Dysney. Oui, il y a l’humour, il y a l’acidité que l’on connaît à Burton. Reste à bien vouloir la chercher.

Parce que le chat, qui devrait être effrayant mais qui ronronne presque, le valet insipide de la reine rouge, et tout de même, l’héroïne, sont d’un convenu tout à fait désespérant. Tant et si bien d’ailleurs que même les fleurs qui parlent ne sont pas magiques, n’ont pas ce caractère dérangeant, quasi oppressant de la version de Dysney ; la chenille apparaît trois fois trois seconde, alors qu’elle incarne dans le livre le paroxysme, l’essence même de la quête métaphysique de la jeune femme.

On préférera donc, et de loin, et non sans quelque déception, la version que Disney proposait il y a un demi-siècle du conte. Mais après tout, ne préférerions nous pas tout simplement le Disney au crayon et la gomme, plutôt que celui, trop arte fact, du XXI° siècle?

Ne jouons pas les réacs non plus. Le seul vrai souci du film, c’est ce que dénonce traditionnellement les adicts de Burton, vient de ce que l’artiste est désormais, et de manière assumé, un réalisateur hollywoodien. Si la machine américaine à tendance à broyer l’Art pour le recracher régulièrement en bouillie de type Age de Glace, (pour rester dans le genre), c’est aussi un biais fertile pour Burton, pour ne pas « passer de mode ». avec Alice, il signe son film le plus consensuel, rien de tragique à cela.

En espérant qu’il restera toujours une place pour les autres dessins animés, ceux qui, pinceau en main et après des années de travail, font naître sur l’écran de petits miracles merveilleux ; pensons notamment à la Prophétie des Grenouilles, ou Mia et le Migou.

Allez, ne soyons pas vache, Burton reste Burton. On ne lui en veut pas, de donner un peu de temps en temps, dans la caricature de lui même ; il faut bien vivre !

Un coup de chapeau tout de même, à Helena Bonham Carter, qui joue la tyrannique et caricaturale Reine Rouge à grosse tête. C’est toujours un bonheur que de la voir à l’écran.

Alice au pays des Merveilles, de Tim Burton, avec Johnny Depp, Mia Wasikowska, Anne Hathaway et Helena Bonham Carter. Sortie en France le 24 Mars 2010.

Laisser un commentaire