La critique de Cars quatre Roues

Sept ans après l’excellent Toy Story 2, John Lasseter reprend les commandes du nouveau poids lourd signé Pixar, Cars. Entre temps, le studio s’est taillé une réputation d’excellence auprès du public comme de la critique, surpassant de très loin tous ses concurrents et s’imposant rapidement comme la référence ultime de l’animation 3D. Dernier film du studio avant sa fusion avec le géant Disney, Cars tient-il toutes ses promesses ?

CARS – QUATRE ROUES
Un film de John Lasseter
Voix françaises de Guillaume Canet, Cécile de France, Bernard-Pierre Donnadieu
Voix américaines de Owen Wilson, Bonnie Hunt, Paul Newman
Durée : 2h00

Le film Pixar Cars

Jeune bolide impétueux et particulièrement doué, Flash McQueen n’a pour seule obsession que de remporter la prestigieuse Piston Cup qui fera de lui le champion incontesté de la course automobile. Pour gagner, il est prêt à tout et n’hésite pas à afficher un mépris souverain pour toute forme de travail d’équipe. Alors qu’il se rend à Los Angeles afin de participer à l’ultime course qui départagera les finalistes de la Coupe, un malheureux concours de circonstances le conduit à échouer à Radiator Springs, une ville perdue au bord de la Route 66…

Il fallait être fou pour imaginer un film dans lequel les héros et héroïnes seraient des voitures vivantes, pensantes et autonomes, organisées en société moderne. Certes, c’était le cas des jouets de Toy Story, des insectes de 1001 pattes, des monstres de Monstres & Cie ou des poissons du Monde de Nemo, qui tous vivaient selon des règles très semblables à celles qui régissent notre monde. Toutefois, ce qui différencie Cars des autres films du studio tient dans le fait que cette fois-ci, les protagonistes ne coexistent pas avec les humains dans un espace contigu (la chambre d’enfant, la fourmilière et ses environs, le monde marin) mais les remplacent purement et simplement. Et tandis que les protagonistes des films susmentionnés n’en viennent jamais à transcender les limites de leur condition, les voitures de Cars maîtrisent leur environnement et n’ont à redouter aucune menace venue de l’extérieur, qu’elle soit humaine ou non. Les routes sans fin de la Californie et les immenses mégalopoles telles que Los Angeles appartiennent en propre à ces objets du quotidien dont la seule raison d’être, à l’origine, se résume pourtant à faciliter la vie des humains. Comme les super-héros des Indestructibles, c’est avec leurs démons intérieurs que nos amies à quatre roues devront en découdre. En ce sens, l’aventure Cars s’affiche comme plus folle encore que les précédentes.

La tâche s’annonçait particulièrement ardue. Autant il est envisageable d’attendrir les spectateurs avec les mimiques adorables et les formes rebondies d’un petit poisson, autant il peut sembler vain, voire aberrant, de chercher à humaniser une voiture de course ou une vieille dépanneuse. Pourtant, le réalisateur et son équipe relèvent ce premier défi avec une étonnante maestria, parvenant à imposer ce parti-pris comme une évidence dès les premiers plans du film. Ce parfait équilibre entre réalisme et fantaisie, on le retrouvait déjà dans Le Monde de Nemo, dans lequel jamais le recours à l’anthropomorphisme ne nous faisait oublier que nous avions bel et bien affaire à des poissons et autres créatures marines. De la même manière, les voitures de Cars sont vivantes, expressives et diablement attachantes tout en conservant leur nature d’engins rigides et lourds. On les apprécie donc simultanément pour leurs qualités “humaines” et esthétiques. Cette performance miraculeuse est tout d’abord le fruit d’un énorme travail de character design dont l’un des coups de génie consiste à placer les yeux des personnages sur le pare-brise et non en tant que substituts des phares, comme il a toujours été de mise dans les précédentes représentations de voitures vivantes. Cette innovation de taille a pour effet de provoquer l’adhésion immédiate aux états d’âme des personnages.

L’autre pari gagnant concerne le soin remarquable apporté au rendu des véhicules en tant que tels. La création de matériaux ultra-réalistes et le travail exceptionnel effectué sur les lumières et notamment sur les reflets chromés des voitures font de chaque plan un pur régal pour les yeux. Cette maîtrise technique éblouissante, à mille lieues d’un 1001 pattes pourtant très abouti, trouve son illustration la plus éclatante lors de deux impressionnantes scènes de course sur circuit. Combinant humour décapant et montées d’adrénaline vertigineuses, ces scènes d’action réalisées de façon magistrale – peu de films live peuvent se targuer de scènes de course aussi belles – s’intègrent parfaitement à un film dédié avant tout à ses personnages.

Le héros de Cars, Flash McQueen, est un rookie arrogant qui ne rêve que de gloire instantanée, produit direct d’une société pressée qui ne sait plus vraiment où elle va. Sa rencontre avec les habitants de Radiator Springs, qu’il considère rien moins que comme des péquenauds, va évidemment changer le cours de son destin. Le canevas est simple, mais le message porte. D’abord parce que le film, à l’instar de précédentes oeuvres signées Pixar, fourmille de personnages hauts en couleurs, souvent hilarants et toujours touchants. Entre le naïf (Aston) Martin, le shériff old-fashioned, le vieux Doc et Sally, la rutilante Porsche 911 dont notre héros s’éprend malgré lui, la galerie de personnages que nous propose Cars n’a rien à envier à celles du Monde de Nemo ou des Indestructibles. Ensuite, parce que le film pratique la dérision sur un mode résolument adulte, multipliant les clins d’oeil et les références savoureuses – parmi lesquelles vient même se glisser une parodie éclair de La Guerre des Mondes de Steven Spielberg – à notre monde actuel et ses dérives consuméristes. A travers les nombreux modèles de voitures qui peuplent le film et qui sont autant de personnages, John Lasseter et son équipe s’amusent à confronter les générations, insinuant que jeunes comme moins jeunes ont à apprendre les uns des autres. Cars est une fable morale, certes, mais fort heureusement jamais moralisatrice.

Si le film respire la passion (communicative) du réalisateur pour les voitures, il se double d’une véritable ode à l’Amérique profonde et ses splendides paysages abandonnés. Cars nous fait vivre un véritable choc des cultures en propulsant le jeune coq sympathique dans la quiétude d’une ville fantôme où personne ne reconnaît ses mérites. A la fièvre des courses et aux décors ultra-modernes de la ville s’opposent la nonchalance béate et les étendues poussiéreuses pleines de charme de Radiator Springs. Ces deux dimensions fusionnent pour créer une oeuvre à la fois trépidante et étonnamment sereine. Pour John Lasseter, ce qui compte n’est pas l’échéance mais le parcours accompli. Le réalisateur est d’ailleurs bien placé pour distiller une petite leçon de vie aux citadins en général puisqu’il est né et a grandi à Los Angeles, ville aux distances infinies où l’on ne parcourt pas dix mètres sans prendre… sa voiture ! Par une sorte de retournement de situation rocambolesque, Cars donne l’opportunité à nos véhicules de nous rappeler à quel point une balade à pied pour le simple plaisir de marcher peut être épanouissante, notamment lors de cette très jolie scène où Flash et Sally parcourent les routes désertes de Californie en admirant simplement le paysage.
Rien ne sert de foncer aveuglément, l’important est de suivre son rythme. John Lasseter a bel et bien trouvé la métaphore idéale.

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