La critique de Pirates des Caraibes

Cela faisait bien longtemps qu’Hollywood ne s’était pas intéressé aux jambes de bois ou aux flibustiers, en tout cas pas depuis la tentative avortée de Polanski avec son four à particules Pirates. A l’époque de sa sortie en salles le réalisateur était plus sollicité sur la construction du bateau qui a servi au tournage que pour le réel intérêt que pouvait susciter son scénario. Il y a bien eu L’île aux pirates de Renny Harlin, que Laurent Pécha ne se lasse pas de défendre le sabre entre les dents tant il l’aime. C’est pas respect pour lui que nous tairons certaines remarques désobligeantes que nous pourrions faire à son sujet. En fait le genre n’arrivait pas à renaître de ses cendres, et même si les deux tentatives citées précédemment ont été faites avec la plus grande sincérité, force est de constater qu’il leur manquait ce petit quelque chose, cette touche de magie, ce souffle épique qu’Hollywood a pourtant réussi à nous offrir par le passé. Le genre était retombé dans l’oubli et les nostalgiques de batailles navales et corsaires borgnes palliaient leur frustration en regardant quelques classiques avec Douglas Fairbanks, Errol Flynn ou l’inoubliable duo formé par Robert Shaw et Geneviève Bujold.

Le film Disney Pirates des Caraibes

  • PIRATES DES CARAÏBES : LA MALEDICTION DU BLACK PEARL
  • (Pirates of The Carribean : Curse Of The Black Pearl)
  • Un film de Gore Verbinski
  • Avec Johnny Depp, Geoffrey Rush, Orlando Bloom, Keira Knightley, Jonathan Price, …
  • Durée : 2h23
  • Sortie : 13 Août 2003

Sur le papier il était bien difficile de croire que Pirates des Caraïbes allait pouvoir renouer avec le succès et répondre aux attentes des fans. Le film est inspiré d’une attraction du parc de Mickey, produit par Disney et Jerry Bruckeimer (Rock, Pearl Harbor), avec un budget colossal et Gore Verbinski, le réalisateur du Mexicain aux manettes (même si on le reconnaît avec humilité qu’on a été séduit par son remake de The Ring). Seule la présence d’Orlando Bloom (Legolas dans Le Seigneur des Anneaux) et de Johnny Depp jurait avec le reste. Si Pirates des Caraïbes ne rejoindra tout de même pas au panthéon des films de pirates les indémodables Pirate noir et autre Capitaine Blood (dont il s’inspire grandement), il n’en demeure pas moins que l’espace de 2h30 de projection, il s’est bien passé quelque chose !

La mer des caraïbes est le théâtre sanglant des exactions pirates. Le Black Pearl est à la tête de cette flotte de bandits qui détrousse et arpente les océans à la recherche du moindre butin à voler et équipages à massacrer. Son capitaine Jack Sparrow (Depp), flibustier de légende, s’est fait déposséder de son bien par l’infâme Barbossa (Geoffrey Rush). Démuni mais fier, le pirate compte bien récupérer son navire coûte que coûte. Alors qu’il débarque tant bien que mal à Port Royale, le Black Pearl attaque la ville et enlève la fille du gouverneur. Cette dernière semble détenir un bijou qui permettrait à l’équipage du vaisseau de lever la malédiction dont ils sont atteints. A la nuit tombée, les premiers rayons de lunes révèlent leur véritable condition. Sparrow et Will Turner, amis d’enfance de la belle, se lancent à leur poursuite sans se douter qu’ils ont à faire à des morts vivants….

Dès l’ouverture du film, l’on se dit que le pari est en passe d’être gagné. Un bateau anglais récupère un naufragé, seul rescapé d’une attaque pirate : brume, épave, musique angoissante, l’atmosphère est pesante. La scène qui suit met en avant un Johnny Depp à la proue de sa frêle embarcation dans une tenue faite de breloques, dreadlocks, foulard et mascara, tout droit sortie d’un concert des Stones (Depp s’est inspiré des tenues de Keith Richards pour composer son personnage), Il a fière allure, le regard malicieux, et il suffit de quelques secondes pour comprendre que l’habit ne fait pas le moine et que ça va “déconner sévère”. Gore Verbinski alterne les moments de tensions et d’humour avec une aisance toute acquise à la présence éblouissante du héros d’Arizona Dream. Son personnage de pirate maniéré, gentleman et aventurier, fier et maladroit, est un régal d’un bout à l’autre. Pas une fausse note ne vient entacher une performance qui restera dans les annales. On est tout de suite attaché à ce protagoniste, on en oublierait presque les deux héros incarnés par Orlando Bloom qui ne démérite pas, bien au contraire, et la superbe Keira Knightley (The All, Joue la comme Beckham) qui n’est pas sans nous évoquer une certaine Geneviève Bujold. On oserait même comparer ce sentiment à celui que des millions de fans ont ressenti en voyant La Guerre des étoiles. Johnny Depp c’est Harrison Ford et Jack Sparrow, Han Solo. Non pas qu’on se moque éperdument de ce qui peut arriver à Luke ou Leïa, mais dès que Solo (Sparrow) est à l’écran, c’est vers lui que se tourne notre attention. Sans lui, le film n’aurait certainement pas eu la même patine, le même intérêt et aurait très bien pu n’être qu’une comédie d’action sans véritable ambition que celle de divertir (Bad Boys), le scénario ne proposant pas de réelle innovation dans ses intentions, si ce n’est un décorum sympathique, des pirates morts-vivants. Depp apporte cette petite touche de folie qui donne du relief à l’ensemble. Pirates des Caraïbes passe d’une denrée consommable et vite oubliée à un objet séduisant et étonnant de par le décalage qu’il peut y avoir entre Sparrow et les héros classiques du genre. C’est principalement de lui dont on se souviendra une fois la salle rallumée.

Les scènes de batailles s’enchaînent sans fioritures, la mise en scène est efficace et ne cède pas aux artifices d’un montage épileptique. Verbinski prend son temps, nous fait apprécier des paysages magnifiques et des décors superbement mis en valeur. L’immersion est quasi parfaite. Il reste les effets spéciaux, qui s’ils avaient été ratés auraient certainement nuit à l’ensemble, tant l’époque et les films en costumes ne supportent pas bien les images de synthèses omniprésentes. Mais dès la première apparition des pirates sous leur vrai jour, on est plus que rassuré : pris par l’intrigue, la question du trucage numérique ne se pose pas une seule fois. Le métrage est peut être un peu trop long mais la vérité est qu’on aurait aimé que Depp soit encore plus présent à l’écran, même s’il est quasiment de toutes le scènes. Même si Pirates des Caraïbes ne renoue pas complètement avec la magie d’antan, la générosité dans la mise en scène et les décors magnifique sont tout simplement divertissants et efficaces. Tout cela répond à un cahier des charges formaté et respecté au rasoir. C’est bien l’extraordinaire présence de Johnny Depp qui empêche qu’on le qualifie de simple divertissement. A l’abordage, Mille sabords !!!

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