Critique du film Pixar 1001 Pattes

L’affaire Fourmiz face à 1001 Pattes est révélatrice de l’opportunisme du film de Dreamworks. En effet, à l’époque, Jeffrey Katzenberg était l’ancien numéro 2 de Disney et a ensuite quitter la boite pour co-fonder le studio Dreamwork pour lancer Fourmiz. Une affaire profondément honteuse et révélatrice de la politique d’animation de Dreamworks (ils ont d’ailleurs remis le couvert en pompant Nemo avec Gangs de Requins). Pourtant, le temps est salvateur et avec le recul, le grand gagnant demeure Pixar dont le film d’insectes surpasse largement celui de Dreamworks.

Le film Pixar 1001 Pattes

Car le projet de 1001 Pattes a débuté plus tôt et son concurrent, démarrant la production plus tard en la finissant plus tôt pour sortir avant, n’a pu aboutir tout à fait son film. Ainsi, le studio Pixar a bénéficié de plus de temps à la réalisation, mais aussi à l’élaboration d’un scénario solide. Et par la même, le studio s’impose définitivement comme le leader du film d’animation. On se souvient en effet de la claque monstrueuse reçu après Toy Story, déjà réalisé par John Lasseter. Un script intelligent (nommé aux Oscars en plus !), une mise en scène virtuose… Si 1001 pattes ne parviens pas tout à fait au même niveau, c’est plus à cause de son univers plus ou moins déjà vue (une série télé prenant des insectes pour héros dont j’ai oublié le nom). Et aussi sans doute à un scénario beaucoup plus simple et novateur que le Toy Story. Si Fourmiz était déjà significatif de l’hypocrisie de son script (un type contre le système mais qui fonde lui-même à la fin sa propre colonie !) qu’on retrouvera ensuite dans les Shrek, on peut légitimement préférer cette relecture des 7 Mercenaires version bestioles.

L’histoire est celle de Tilt qui, après une grosse boulette, a noyé la récolte de la fourmilière destinée aux sauterelles. Celles-ci, furieuses, exigent le double de la récolte avant l’hiver. Dur. Mais Tilt décide d’aller chercher des sauveurs en « ville ». Par un quiproquo, il va engager un cirque de minables. Un canevas simple, trop léger sans doute pour tout à fait convaincre. Mais l’essentiel est là : on ri. Beaucoup même. La ménagerie du cirque recèle nombre de figures hilarantes, à commencer par Heimlich, la chenille grassouillette, Marcel la coccinelle et les désopilants pucerons… On n’oubliera pas de sitôt le numéro de cirque digne d’un Chaplin déjanté, les jeux de mots débridés («une mouche s’exclamant « je n’ai pas de temps à perdre ! Je n’ai que quelques heures à vivre » !) En signe du décoinçage total de l’univers du film, les créateurs pratiquent l’autodérision dans un faux bêtisier du générique tordant, prêtant à les héros une vraie vie d’acteurs (et non pas seulement de simple personnage de fiction)! Mais surtout, on retiendra les moments de bravoure impressionnant, de l’attaque d’un oiseau au final énorme, Lasseter et son équipe nous offre une sorte d’épopée épique sur l’herbe qui explose les mirettes.

Car ce qui impressionne le plus chez Pixar, c’est le visuel ébouriffant des films. On pourra toujours râler sur une certaine simplification du travail en faisant des fourmis des êtres proches de l’humain (4 membres au lieu de 6). Il s’agit en vérité d’un signe que Pixar est plus proche du film tout public que du ton adulte de Dreamworks. Les couleurs sont ainsi beaucoup plus lumineuses (les héros sont bleus !) et les formes plus arrondis. Mais au-delà du look général du film, on est bluffé par la fluidité de la mise et la précision des détails (loin des plans statiques de Fourmiz). Le coup d’envoi est donné dès le premier plan, un travelling avant menant sur des brins d’herbes où grimpent les fourmis. La luminosité, les reflets, la profondeur de champs, tout ressemble à un vrai film de cinéma. Pour mieux marquer le coup, il est à noter que 1001 pattes est le premier dessin animé 3D à avoir été conçu en cinémascope. La classe, donnant ainsi au film une grande étendu des décors.
Si on pourra toujours reprocher à l’oiseau d’être un peu trop rigide, les morceaux de bravoure parviennent admirablement bien à laisser s’envoler la caméra (plan d’hélicoptère, chute, travelling…) avec une habile utilisation des éléments naturels : la brume pour le retour effrayant des sauterelles, mais aussi la pluie dans un film évoquant un bombardements.

Un parallèle qui n’est sans doute pas innocent puisque l’on peut voir dans les sauterelles des nazis asservissant la race des fourmis mais de manière plus générale impose un règne la terreur dans le but de s’imposer en maître. Ce qui conduit à une autre lecture du film, plus économique celle là (là où Fourmiz ressemblait d’avantage à une fable sociale) avec les maîtres économiques exigeant une trop forte rentabilité des ouvriers (certains tombant de fatigue). Ces fourmis sont comme des ouvriers anonymes qui travaillent pour leur propre survie, encadrés par des règles bien précises qu’il ne faut surtout pas transgresser. Ainsi, Tilt est le paria de la colonie car il a des méthodes de travailles sortant de la norme. C’est justement son individualité qui sauvera pourtant la fourmilière, faisant naître un esprit de révolte, faisant prendre conscience aux autres leur état de servitude. L’importance de l’initiative personnelle et de l’individualité dans une entreprise est largement mise en avant ici. De même que le film met en avant le fait que ceux qui dirigent sans rien faire et en vivant dans le luxe doivent se méfier des masses qu’ils dirigent, tant celles-ci pourraient bien un jour se défaire d’eux.
Un message bien plus adulte qu’il n’y parait sous la face lisse du divertissement familial.

Ce qu mène bien à la conclusion que Pixar sais faire des films sachant s’adresser à tous, splendide visuellement pour les petits et dont les plus vieux distingueront un message inhabituel dans ce type de production. 1001 pattes n’est sûrement pas le meilleur le meilleur Pixar mais il prouve de manière éclatante que le studio, même dans ses moins bonnes œuvres, reste au-dessus de la quasi-totalité du panier ! La classe !

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