La Philosophie Disneyenne. Prise de tête ou bel exemple ?

On a tous en nous quelque chose de Disney. Cela nous vient généralement d’une chanson, d’une histoire, d’un personnage ou de la manière dont réagissent ces derniers face à quelque situation. Après tout, qui n’a jamais rêvé de partir dans un rêve bleu ou de devenir un héros comme Hercule. On se prend même à se passionner pour certains détails comme… compter le nombre de petits grains de blé que Belle envoie aux quatre vents avec son pied ! Et bien sûr tout en chantant « Madame Gaston, à aucun prix ! »  (…Comment ça je suis la seule à avoir compté plus de 150 graines ?)

Notre philosophie des films Disney

Puis il nous arrive ressentir un profond attachement pour un personnage en particulier, qu’il soit héros, secondaire… ou antagoniste. A propos, saviez-vous que les méchants de Disney n’ont pas toujours été ceux que l’on croit ? Il arrive parfois que certains personnages montrent une face beaucoup plus sombre que celle exprimée aux enfants. Et quand on s’en aperçoit, on décèle une seconde morale bien plus profonde que la première.

Pour faire preuve de bonne foi, je vais prendre en exemple mon conte de fée favori : la Belle et la Bête.

Je pense que tout le monde connaît ce récit fantastique : l’histoire de cette jeune fille nommée Belle qui va tomber amoureuse d’une bête aux dents pointues, cachant un sacré canon façon Johnny Depp sous sa fourrure.

Je suis d’autant plus sûre que vous connaissez ce conte grâce au dessin animé sortit en 1991 et le Live-Action sortit en Février dernier. Je ne vais pas me pencher sur la critique de ces chefs d’œuvres, d’autres le feront mieux que moi. Mais avez-vous remarqué à quel point le Live-Action complémentait le dessin animé, notamment sur la nature de chaque personnage ?

A ce stade de la lecture, je vous imagine en pleine réflexion sur la personnalité imbuvable de Gaston. Mais… je vais d’abord vous présenter Belle.

Que l’on se rassure ! Belle n’est pas la méchante de l’histoire. Mais elle représente un lien entre tous les personnages de l’histoire. Gardez alors ces trois termes en tête pour la suite : amour, bonheur, espoir.

Tout d’abord, il faut considérer Belle comme la « geek » du village: elle rêve, bouquine et est multitâche. Mais comme personne ne comprend son engouement pour la lecture, tout le monde la juge comme une étrangère. Belle le sait : elle est « différente des autres » et n’a pas l’impression d’être à sa place. Pourtant, le destin va lui donner la chance de trouver une personne qui lui ressemble et ce, malgré les apparences : La Bête. Ainsi, dans la recherche de « cet ami qui puisse la comprendre » au milieu de « livres par centaines », elle découvre en la Bête une personne aussi différente qu’elle mais semblable par le cœur. La jeune héroïne incarne alors la morale principale du conte : « il ne faut jamais se fier aux apparences, car la seule beauté vient du cœur ».

De cette morale, se profile deux univers : Le monde superficiel des humains qui idolâtrent Gaston, et le monde discret de la magie qui sert la Bête.

Dressons maintenant le profil de Gaston. Aussi étrange qu’on puisse le penser, Gaston est peut-être le personnage le plus complexe de ce conte de fée. Et même si le dessin animé le montre comme un homme arrogant et prétentieux, le film préfère expliquer avec subtilité l’origine de son comportement.

De ce que l’on apprend, l’orgueilleux chasseur est surtout un ancien soldat. C’est ainsi qu’il apparaît au début du film, accentuant son rôle de héros à maintenir auprès des habitants. Par ailleurs, ces derniers aiment chanter ses exploits et ses dons d’expectorations dans la taverne, et toutes les femmes sentent venir « le grand frisson » à son approche.

Toutes ? Non ! Une irréductible rêveuse résiste encore et toujours à ses avances ! Elle est celle qui ne ressemble à personne : j’ai nommée Belle.

En jetant son dévolu sur cette jeune femme, Gaston décide de relever deux paris: le premier étant d’ajouter Belle à sa collection de trophées, pour maintenir son statut de conquérant. Quant au second, il est d’une toute autre nature. Gaston sait que les habitants lui font confiance pour assurer la stabilité du village ; permettre ainsi une entente entre Belle et les siens, permettraient alors une paix durable et l’arrêt d’un conflit de valeurs !

Mais plus il essaye de la séduire, plus il en perd la raison. Et dans ses actes, Gaston redevient le soldat d’autrefois : le guerrier qui agit par pure instinct de survie et qui ne peut régler la chose que dans le combat. C’est ainsi qu’il part en croisade contre une Bête qui n’a jamais attaqué le village ou mangé des enfants. Pourquoi ? Parce que la Bête lui avait volé son bonheur : Belle.

Alors oui, Gaston est cinglé. Mais cinglé dans son évolution morale et ses traumatismes passés. On le voit notamment (et subtilement) au travers de ses dialogues dans le film (quand Le Fou le calme avec des histoires de veuves éplorées). Personnellement, il me rappelle nos vieux poilus de la première guerre : une fois rentrés dans leur foyer, ces derniers ne cherchaient plus que la paix et la stabilité. Peut-on alors reprocher à un homme comme Gaston de réagir ainsi ? Au fond, il ne souhaitait qu’une chose: que son village soit aussi stable que le foyer qu’il voulait construire. Et vivre heureux.

Ce premier méchant potentiel écarté, intéressons-nous au deuxième personnage en surdose de testostérone : La Bête. On a très souvent comparé l’amour de la Belle et la Bête au syndrome de Stockholm. J’aurais été prête à dire oui… s’il en avait été réellement responsable !

Notre chère Bête têtue (pas forcément très attirée par les lettres grecques) est une terreur redoutable. Elle est capricieuse, égoïste et le cœur aussi froid que la glace. A l’instar de Gaston, le dessin animé préfère décrire la Bête comme un personnage qui a tout à apprendre pour redevenir humain. Mais le film préfère se pencher sur ce qu’il l’a rendu ainsi : son passé.

On apprend rapidement qu’Adam a un passé similaire à Belle : Il a perdu sa mère quand il était tout petit. Mais au contraire de la jeune femme qui avait son père pour l’aimer, l’enfant s’est retrouvé seul avec un vide immense dans le cœur. Un vide qu’il fallait pourtant bien combler par quelque chose d’aussi beau et puissant que l’amour de sa mère.

Mais qu’est-ce qui peut être plus beau que ce sentiment ? Dans un monde aussi luxueux que son château et ses fêtes, l’enfant a très bien pu confondre la beauté du cœur et la beauté superficielle. C’est donc dans cette innocente pensée qu’il suit les traces de son père et devient l’arrogant prince que l’on connait.

Par ce fait passé, Adam représente une rose que l’on a empêché d’éclore par le gel. Mais quand la malédiction s’est imposée à lui, son hideuse apparence lui apprend une chose redoutable : il ne s’est jamais aimé  comme il a aimé sa mère ou réciproquement. Alors comment peut-il aimer quelqu’un et se faire aimer en retour, s’il ne connaît pas ce sentiment ?

Adam accepte sa condition de Bête. Et quand la Belle débarque pour sauver son « voleur » de père, la Bête va juger son acte comme l’Enchanteresse l’a fait pour lui : avec impartialité.

Néanmoins, si la jeune femme avait réussi à se sauver sans se faire attaquer par les loups, La Bête ne l’aurait pas poursuivi ; au contraire, elle serait restée dans sa chambre à attendre fatalement la chute du dernier pétale de rose. Car pour la Bête, sa situation est « sans espoir ».

Pourtant, le destin a fait qu’ils se sont sauvé tous les deux. D’une part après l’attaque des loups, mais aussi en prenant le temps de se connaître et de se comprendre. La Bête découvre alors des sentiments inconnus et même bien plus encore grâce à la présence de Belle : Il apprend à aimer. Et à s’aimer.

Nous arrivons donc à un grand dilemme. Ni la Bête, ni Gaston ne sont vraiment les « Méchants » de l’histoire. Mais alors… qui l’est ?

Reprenez l’histoire avec moi. Une jeune femme sauve la vie de son père en échange de la sienne. Elle est aussitôt accueillie par une horde d’objets magiques qui essayent de rendre son emprisonnement plus agréable et moins oppressant. Au point même de l’amadouer de chants, de spectacles ou de « promesses qu’on n’a pas l’intention de tenir ». Ils essayent de la convaincre que la Bête n’est pas aussi « méchante » ou bestiale que l’on croit et lui raconte même l’origine de sa malédiction. A ce moment précis, Belle pose une question très pertinente aux objets : Qu’est-ce qu’ils ont fait pour être maudits comme lui ?

A cela, Madame Samovar répond : « C’est bien là le problème. Nous n’avons rien fait. »

Après tout, qui a empêché Adam de devenir aussi détestable que son père ? Personne. Même pas ses plus fidèles amis qui l’on vu grandir.

Eh oui, alors que la Bête ne fait que « subir » la malédiction, les habitants du château l’ont provoqué dans leur inaction. Que ce soit par peur ou par manque d’audace, les objets étaient néanmoins conscients de leur acte, comme le rajoute Madame Samovar dans le film : « comme on fait son lit, on se couche. »

C’est pour cette raison qu’ils ont autant d’espoir en la Belle. Elle est le meilleur moyen pour eux de rattraper leur erreur. Non pas pour lever la malédiction qui pesait sur Adam, mais pour se pardonner à eux-mêmes. Et tout est bon pour la garder près d’eux. Oui oui, même l’emprisonner.

Dans le dessin animé, les objets courtisent Belle par des chants ou des histoires. Mais quand elle part sauver son père après le bal, ils retombent dans le désespoir et le déni. Ainsi le déclare Lumière : « Il aurait mieux valu qu’elle ne mette jamais les pieds ici ! ».

Dans le film, les objets ne lui cachent rien, car elle est « celle qui va rompre le charme ». Ils décident alors de tout faire pour la « protéger »… quitte à bloquer les portes au moment de son évasion (après la colère de la Bête) !

Par définition, un méchant commet une action pour altérer le bonheur d’autrui. Dans le cas des objets magique, ils sont coupables d’avoir ignoré la détresse d’Adam ou d’avoir séquestré Belle. Pourtant, à leur manière, les objets magiques ont tenté d’arranger la situation et de donner une fin heureuse à ce conte. Alors sont-ils méchants ? Oui. Mais peut-on les blâmer pour cela ? Non. Car à l’instar des objets magiques, nous avons au moins blessé quelqu’un une fois. Et comme eux, nous avons voulu nous faire pardonner de cette personne et de nous-même.

Ainsi, les héros ou les personnages secondaires peuvent être aussi sensibles que nous, de par leurs actions et leurs réflexions. Au travers de cette nouvelle morale, Disney nous apprend non pas à garder espoir en nos rêves (comme dans tous les classiques), mais à pardonner.

C’est peut-être pour cela que les films Disney sont aussi touchants. Ils se rapprochent de notre réalité, de nos imperfections quotidiennes qui font que l’on apprend toujours de nos erreurs. Et plus on vieillit, mieux on comprend la double morale qui se cache en chacun de ces films : une morale pour les enfants, et une autre pour les adultes.

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