Le Visionarium, un voyage à travers le temps

Le 12 avril 1992 EuroDisney ouvrait en Europe, marquant ainsi le coup d’envoi d’une formidable aventure. Des paysages arides du Far-West au petit village européen du moyen-âge, des rues trépidantes des villes Américaines à l’exotisme d’Adventureland, Disneyland Paris n’a cessé de repousser les frontières de l’espace, et du temps ! Quel homme n’a jamais rêvé de briser les frontières temporelles, d’échapper à l’emprise du temps pour mieux comprendre le passé et découvrir l’avenir ? Ce rêve millénaire, Disney l’avait réalisé en 1992 avec le Visionarium.

L’attraction à Disneyland Paris

Voilà un nom célèbre pour une attraction qui bien que fermée aujourd’hui n’en demeure pas moins dans nombre de cœur d’amateurs un symbole, dernier témoin d’un temps révolu, vestige et martyre à la fois d’un Discoveryland qui tenait toute ses promesses, celle de créer un lieu hors-du-temps, un passé dans le future où le visiteur se sentirait à son aise. Car le Visionarium n’était pas qu’un simple film à 360° mais bien un véritable hommage aux grands visionnaires et à l’Europe. Pour la première fois dans une attraction de ce genre (dont le système avait été inventé par Disney) les imaginieurs souhaitaient conter une histoire immersive et non nous présenter un simple copier-coller d’images. Au tout début, Walt Disney Imagineering avait envisagé que le film soit traduit et commenté par un chœur au fur à mesure de sa progression, à la manière des tragédies antiques où ce dernier commentait et présentait l’action. Une idée irréalisable ici de par la localisation de l’attraction et de la barrière de la langue posée pas la grande diversité des visiteurs du parc français.

Concepts-arts de l’attraction et de son bâtiment.

Le concept finalement retenu fédérait Jules Verne, des inventions, et le passé et présent de la culture Européenne autour d’un voyage dans le temps. Un enfant devait à l’origine explorer l’histoire des grands scientifiques du passé via un ordinateur. Mais ce qui conduisit à la création de Nine-Eye dont la voix française était celle de Miryam Boyer, fut la volonté de trouver une justification rationnelle aux images projetées sur l’écran. Nine-Eye est en effet un robot doté de 9 caméras censées filmer ces images, être les yeux des visiteurs dans ce voyage à travers le temps. L’idée du second robot, nommé Timekeeper et présenté comme le créateur de Nine Eye, dont la voix française était celle de Michel Leeb, venait d’un audio-animatronic de la nouvelle génération que les imaginieurs avaient montré à des visiteurs américains. Sa particularité résidait dans le fait que ses mouvements étaient d’une fluidité sans égale mais surtout que les câbles constituant le squelette mécanique du robot étaient visibles. Cette structure fascinait tellement les visiteurs qu’il avait été décidé d’inclure à EuroDisney un audio-animatronic similaire. Dans le concept final, l’ordinateur et l’enfant avaient donc disparus (peut être jugé trop moderne et trop froid) au profit des maîtres de cérémonie, j’ai nommé Nine-Eye and Timekeeper, rejoint en cours de route par Jules Verne.

Le tournage qui se déroula dans plusieurs pays fut une formidable aventure, porté par un casting proche de l’excellence. Michel Piccoli incarnait Jules Verne, Jean Rochefort, qui fut obligé de raser sa célèbre moustache, était Louis XV, Natalie Baye jouait Madame de Pompadour, Franco Néro donnait vie à Leonard de Vinci tandis que l’écrivain H.G.Wells auteur de La Machine à remonter le temps revivait sous les traits de Jeremy Irons. Gerard Depardieu quant à lui faisait une apparition sous l’habit d’un bagagiste.

Sur le plan technique, tourner un film à 360° degrés fut très difficile : afin de suivre la trame narrative du film et de maintenir l’illusion du passé, l’équipe de tournage fut obligée de trouver des lieux où une vue à 360° degrés ne trahissait pas l’histoire. Pour les scènes irréalisables comme celle de la Tour Eiffel, les antennes télés sur les toits de Paris n’existant pas en 1889, tout fut reconstitué sous forme de maquette au Texas. Le film s’ouvrait sur la préhistoire avec l’apparition d’un dinosaure qui était en fait un audio-animatrnic déjà utilisé par Hollwyood dans le passé. La scène de l’âge de glace avait été choisie par les imaginieurs dans leur base de donné d’images. En effet elle avait été à l’origine crée pour le Magic Carpet Round the World d’Orlando et de Tokyo. La seule difficulté avait été d’enlever du film les ombres de l’hélicoptère avec lequel la scène avait été tournée.

La scène du champ de bataille en Ecosse fut la première filmée en exclusivité pour l’attraction parisienne. Le tournage eu lieu au château d’Alnwick, dans la province anglaise de Northumberland, sous la pluie et dans la boue ! Le producteur s’arrangea pour éliminer de l’arrière plan tous les détails anachroniques, les béliers utilisés par les combattants permettant de cacher certains éléments. Cependant Tom Fitzgerald, directeur du show, fut requis pour superviser le tournage de cette scène. Pour cela il monta en haut de la tour visible dans la première plan et réalisa une fois le tournage fini que ses bottes étaient visibles à l’écran, certes brièvement, mais visibles ! Pour donner du réalisme à cette scène, Walt Disney Imagineering loua les services d’un club local en réquisitionnant tous ses membres dont la passion était la reconstitution de batailles de cette période. Leur enthousiasme fut saisissant tant ils n’avaient jamais osé rêver une fois dans leur vie de pouvoir recréer une bataille en costume, à grande échelle, dans leur petite région, sous la direction de grands producteurs issus de Hollywood. Leur engouement fut si intense que les imaginieurs eurent même du mal à les faire arrêter de combattre une fois la prise finie !

Le tournage de la scène sous-marine du film se déroula aux Bahamas, à quelque lieu de l’endroit où Walt Disney avait lui même tourné 20 000 lieux sous les mers, tout un symbole. Au départ les imaginieurs étaient inquiets d’envoyer l’équipe à une surface si profonde.Mais Jeff Blyth, le réalisateur du film, n’a pas hésité à mettre un costume d’homme-grenouille afin de pouvoir nager autour du sous-marin pour donner ses instructions, tout comme il n’avait pas hésité pour une autre scène à s’élever dans les airs pour les même raisons ! Le séjour à Moscou pour la scène sur la Place Rouge fut une autre expérience qui marqua les esprits. Les caméramans furent les premiers occidentaux autorisés à y filmer, et l’Armée Rouge s’assurera même du bon bouclage du quartier pour le tournage, à la grande surprise des moscovites peu habitués à ces démonstrations. Un Mickey géant sur la place rouge, alors même que l’ère communiste n’était qu’en phase finale ! La scène de la Joconde fut elle tournée en Italie au château Orsini-Odescalchi près de Rome alors que le château Français de Chantilly accueillait le tournage mettant scène Mozart. Mais la richesse historique du lieu obligeât les producteurs à tourner avec la plus grande précaution pour ne rien abîmer et à utiliser des lumières spéciales. En Autriche l’équipe de tournage se rendit sur le domaine du château de Schönbrunn pour la séquence de l’Exposition Universelle. A noter aussi le tournage au Mont Saint Michel, au château de Neuschwanstein en Allemagne, à Vienne, à Nürburg, au-dessus de New-York. Un tour du monde en quelque sorte.

Si toute la première partie du film consistait en un voyage dans le temps, la seconde partie était centrée sur l’Europe et la rencontre entre Jules Verne et le monde moderne : le TGV, le presque carambolage autour de l’Arc de Triomphe coordonné par Rémy Julienne sur les Champs-Elysées, la course sur le circuit automobile de Zeltweg en Autriche ainsi que la scène bobsleigh. Un choc des cultures magnifiquement orchestré.

Le Visionarium était donc la clef de voûte d’un Discoveryland hommage aux grands visionnaires : Jules Verne avec le Nautilus et Space Mountain, Leonard de Vinci avec l’Orbitron, la science fiction moderne de George Lucas avec Captain EO et Star Tours ou encore Autopia pour le futurisme rétro. L’espace et le temps en somme. Le Visionarium était donc le dernier élément d’un hommage aux visions passées du futur, monde atemporel, hommage à la culture européenne. Le Visionarium sonnait alors comme une introduction poétique et magique à ce monde et à cette philosophie.

Le Visionarium restera définitivement ancrés dans les cœurs des amateurs. Il est le résumé parfait de l’esprit Disney : une narration et une histoire envoûtante, une expérience familiale, une exploration du monde, de l’émotion, de l’aventure et un souci du détail marquant. Mais le temps s’en va et le Visionarium n’a pas échappé à la fatalité du destin.

Liste des scènes de l’attraction :

  • Période du Jurassique
  • Age de glace
  • Guerre anglo-écossaise
  • Renaissance Italienne (la Joconde)
  • Concert de Mozart à Paris en1763
  • Construction de la Tour Eiffel
  • Exposition Universelle de 1900
  • Jules Verne dans le monde moderne
  • Jules Verne et le TGV
  • Arc de Triomphe : carambolage
  • Course de Bobsleigh (Innsbruck)
  • 20 000 lieux sous les mers
  • Dans le ciel (Place Rouge)
  • Vol (Aéroport Charles De Gaulle )
  • Survol de l’Europe
  • Espace
  • Paris aujourd’hui
  • Au revoir (Paris, 1900)
  • Fin du voyage (Paris, 2189)

L’attraction en elle même les informations

  • Titre : From Time to Time
  • Réalisateur : Jeff Blyth
  • Date de sortie : 12 avril 1992
  • Dernière projection : 5 septembre 2004 (Disneyland Paris)
  • Musique : Bruce Broughton
  • Durée : 20 min

Avec Michel Piccoli (Jules Verne), Jeremy Irons (H.G Wells), Franco Neo (Leonard de Vinci), Jean Rochefort (Louis XVI), Nathalie Bye (Madame de Pompadour), Gérard Depardieu (un bagagiste), Patrick Bauchau (un traducteur).

Avec les voix françaises de Michel Leeb pour Timekeeper et Myriam Boyer pour Nine-Eye.

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