Les suites : le nouveau filon de Mickey

Après s’être longtemps refusé à réaliser des suites à ses grands classiques, Disney s’est finalement laissé prendre au jeu dans le milieu des années 90 en donnant une suite à Aladdin. Depuis, tous les grands classiques bénéficient d’une suite ou même de plusieurs. L’objectif ? Produire un film à petit budget, destiné à sortir directement en vidéo sans passage au cinéma (quoiqu’il existe quelques exceptions) et qui rapportera gros à coup sûr car il s’agit de la suite d’un film qui a déjà fait ses preuves. Soucieux de connaître la suite des aventures de leurs héros, les petits bambins auront donc vite fait de convaincre leurs parents à l’achat du produit, ces derniers ne feront d’ailleurs pas la différence entre le film original et la suite tant les esprits d’aujourd’hui prêtent une totale confiance au label Disney.

Le Résultat des suites de film Disney

Mais qu’en est-il du produit ? Le budget n’étant pas aussi conséquent que celui d’un grand-classique, la qualité en pâtit. Graphiquement d’abord (décors exempts de profondeur et de détails, animation grossière, pas de recours de grande envergure à l’outil informatique…) puis d’un point de vue scénaritique où l’intrigue peine souvent à se détacher de l’histoire du film original… quand elle n’est pas ouvertement recyclée.

Gardons également à l’esprit que le travail n’est pas exécuté par des animateurs aussi prestigieux que ceux travaillant sur les grands-classiques. La réalisation des suites est bien souvent délocalisée d’ailleurs. Que se soit au Japon, en Australie ou même en France, les américains -qui sont à la source du projet- ne sont pas toujours suffisament impliqués dans la production des suites, de par la distance qui sépare les continents mais aussi parce qu’ils se moquent un peu du résultat étant donné qu’il est question d’un simple produit vidéo dont le potentiel commercial est déjà assuré par la popularité du grand-classique auquel il fait suite et qui ne pourra manifestement qu’arrondir les fins de mois de Mickey puisque son succès est prévisible

Raconte moi une histoire (à dormir debout) !

D’un point de vue scénaristique, deux grandes solutions s’imposent mais on reste toujours dans le passable voire le lamentable. Dans le premier cas, la suite est un remake du film original (Le Roi Lion 2, La Belle et le Clochard 2, la Petite Sirène 2), c’est à dire que la suite raconte -à quelque chose près- la même histoire que son prédecesseur. Dans un second cas, la suite reprend l’histoire là où elle s’était arrêtée dans le film original et il s’agit d’une continuité logique (Le Retour de Jafar, Pocahontas 2), il peut aussi s’agir d’un “add-on” (un ajout), c’est-à-dire que la suite se place à mi-chemin du premier film (la Belle et la Bête 2, Bambi 2).

Repetita Bis

Penchons nous sur l’hypothèse où la suite est une sorte de remake qui met en scène la progéniture des héros du film original. Histoire de brouiller légèrement les pistes, les héros deviennent des héroines ou les aspirations sont à l’opposé comme le montrent les exemples suivants :

Le Roi Lion : Simba est victime de son oncle Scar – Le Roi Lion 2 : la fille de Simba est victime de la femme de Scar (même combat mais au féminin).
– La Belle et le Clochard : Le clochard recontre la Belle – La Belle et le Clochard 2 : Le beau (Scamp, fils de la Belle et le Clochard) rencontre la clocharde Angel.
La Petite Sirène : Ariel veut devenir humaine et affronte Ursula – La petite Sirène 2 : Melodie, la fille d’Ariel, veut devenir une sirène et affronte Medusa, la soeur d’Ursula.

D’ailleurs, les changements soudains et opposés des ambitions des héros entre le film original et sa suite favorisent la naissance d’une certaine amertume chez le spectateur. Les personnages Disney tant idéalisés et aimés dans leur première prestation à l’écran deviennent presque détestables de par leur tempérament versatile :
– Ariel veut devenir humaine mais sa fille Mélodie veut devenir Sirène.
– Le Clochard se fait domestiquer mais ne supportant plus le bain dominical, son fils Scamp rêve de vivre dans la rue.

Vous aurez aussi remarqué que les héros des suites demeurent “des fils à papa” :
– Kiara est la fille de Simba (le Roi Lion)
– Scamp est le fils de la Belle et le Clochard
– Melodie est la fille de Ariel et du prince Eric (La Petite Sirène)
Il est à noter que les méchants ne sont pas beaucoup plus téméraires et font rarement appel à des personnes extérieures :
– Zira est la veuve de Scar (le Roi Lion)
– Medusa est la soeur de Ursula (la Petite Sirène)

Dans l’ensemble, les clins d’oeil au film premier du nom sont souvent un peu trop importants et le spectateur devient victime du manque d’inspiration et d’inventivité des réalisateurs. D’ailleurs il suffit de lire les sous-titres pour constater ce manque d’imagination flagrant des réalisateurs : “Retour à l’océan”, “Retour au Pays Imaginaire” laissent suggérer une certaine redondance, une certaine exploitation du filon jusqu’à usure totale (voire même au-delà) et le manque d’originalité.

Dans le cas de la Belle et le Clochard 2, on peut se questionner si la suite (parfaite copie de l’original réalisée 45 ans plus tôt, même la célèbre scène des spaghettis a été refaite !) n’a pas pour objectif de relancer l’intêret des jeunots qui ne trouvent peut être pas leur compte dans la version de 1955 mais se montrent en revanche très satisfaits de la nouvelle mouture : gags réactualisées, musique dans le coup, graphismes plus colorés… et chiots hyper mignons !

Bien entendu, dans le cas du Roi Lion où le film original et sa suite sont séparés de 4 ans, on a du mal à croire au coup du remake pour les nouvelles générations mais l’hypothèse selon laquelle Disney pourrait se faire de l’argent facile sans trop se casser la tête est déjà plus convaincante ! Les scénarios des 2 films diffèrent à peine, on a juste pris la peine de nous donner un héros masculin dans le premier opus et une héroine dans le second… subtilité qui n’empêche que l’on retrouve exactement les mêmes moments “clés” d’un film à l’autre :

Le Roi Lion

Le Roi Lion 2 : l’honneur de la tribu

“L’histoire de la vie” pour la naissance de Simba“Il vit en toi” pour la naissance de Kiara
le face à face de Mufasa avec son fils après que celui-ci se soit aventuré sur les terres interditesle face à face de Simba avec sa fille après que celle-ci se soit aventuré sur les terres interdites
“Soyez Prêtes” lorsque Scar présente son plan machiavélique aux hyènes pour éliminer Mufasa“Mon chant d’espoir” lorsque Zira présente son plan machiavélique à Kovu pour éliminer Simba
l’exclusion de Simba de la Terre des lionsl’exclusion de Kovu de la terre des lions
“L’amour brille sous les étoiles” quand Simba retrouve Nala dans une scène très romantique“A Upendi” quand Kovu et Kiara se retrouvent dans une scène romantique

Intrigues inédites

Certaines suites ne copient pas et innovent ! Aladdin et le Roi des Voleurs, par exemple, tente de se démarquer de ses prédecessuers en oubliant le mythe de la lampe magique pour s’intéresser davantage au cas des 40 voleurs et à la main de Midas. Faisant la part belle à de nouveaux personnages (Zephyr, Madeleine…), l’intrigue du Bossu de Notre-Dame 2 est assez différente de celui du film original puisqu’ici un méchant vilain tente de s’emparer d’une des cloches de Notre-Dame (soupir !).

La suite tue son aîné

Je citais précédemment l’indécision agaçante de nos héros qui n’arrivaient pas à se décider entre vie sur terre ou sous l’océan, entre existence dans un palace ou dans la rue. Ceci dit, l’exemple le plus probant d’une suite qui a véritablement saccagé le message du film original demeure Pocahontas 2. Dans le film de 1995, l’amour qu’éprouve la jeune indienne pour John Smith est paré a toutes épreuves et rien ne semble pouvoir le détruire, même pas un massacre entre deux peuples et c’est sur cette magnifique histoire qu’est basé le film. Et hop ! Dans le second volet, Pocahontas qui crevait de ne plus voir son John Smith se met à fricoter en moins de deux avec John Rolfe. D’accord, c’est osé de la part de Disney de partager une femme entre deux hommes (Pocahontas est apparemment attirée par les blancs-becs répondant au doux prénom John : avis aux amateurs !)… mais on ne parvient pas pour autant à se tirer de la tête que toute l’intrigue du premier film a été ratatinée par ce second opus ! Grrr…

Les suites, garantes de l’esprit Disney !

A l’heure où Disney perd son monopole dans le monde des films d’animation et remet en question les codes de fabrication de ses longs-métrages (absence de chansons, abandon de l’univers des contes de fées…), les suites semblent encore très attachées aux valeurs de 1937… enfin ça reste vite dit ! Bien sûr, il y a de la musique, de l’humour, une ligne directrice de l’histoire qui se veut très Disnéenne (la poursuite d’un rêve, de l’amour, des amis, un méchant, des larmes, des rires) mais comme j’ai essayé de le démontrer précédemment, tout cela est hélas mal agencé et le résultat escompté n’est pas obtenu : les musiques ne donnent pas envie d’être fredonnées, l’humour n’est pas drôle, les scènes tristes ne sont pas tristes. Pourquoi ? Parce qu’on tombe dans l’excès, dans le stéréotype, il y a trop de clichés tandis que la qualité n’est pas au rendez-vous car un Disney c’est avant tout un équilibre très fragile qui permet d’obtenir la perfection. Comme qui dirait : ça passe ou ça casse ! Il est très difficile de réunir autant de scènes variées, empreintes tantôt d’humour, puis de dramatisme ou encore de tendresse dans un film qui dépasse à peine la barre des 60 minutes. Bref, là où on passait autrefois des dizaines d’années sur un projet pour atteindre la perfection (la Belle et le Clochard est mis au goût du jour dès 1936 mais ne sortira sur les écrans qu’en 1953), aujourd’hui on met des dizaines de projets en route en s’imposant des courts délais mais la sauce ne peut pas prendre avec une contrainte de temps aussi draconienne et un manque total de motivation de l’équipe responsable du projet, celle-ci étant bercée par les dollars et non la verve artistique !

Les Winners et les Losers

Que se soit bien clair, les suites -bien qu’elles soient plus ou moins bonnes- constituent l’aspect le plus commercial de la compagnie Disney et l’attention apportée au scénario et au graphisme est minimum car on sait que le produit va se vendre rien qu’en annoncant qu’il s’agit de la suite de telle ou telle réussite des studios. Tous les numéros 2,3, etc sont donc à mettre dans le même panier… à l’exception de Toy Story 2, Fantasia 2000 et de Bernard et Bianca qui auraient même tendance à surpasser leurs aînés mais sagit-il réellement de suites ? Pas vraiment car ces films ont été produits dans l’état d’esprit et avec les moyens d’un grand-classique.

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