La mythologie des pirates des caraïbes

Lorsque fut annoncé, il y a maintenant plus de trois ans, le projet d’adapter au cinéma une attraction du parc Disney, produite par Jerry Bruckheimer, autant dire que mêmes les plus geeks d’entre nous étaient dubitatifs. Dans une époque où les principaux blockbusters chaque année sont soit des suites soit des adaptations, sans oublier d’innombrables remakes, porter à l’écran l’univers des Pirates des Caraïbes semblait être une pierre de plus à l’édifice du manque d’idées hollywoodien. Et pourtant, c’est justement en respectant cet univers, si brièvement exposé au cours de l’attraction simplette, et en l’exploitant au mieux que les scénaristes surent faire de La Malédiction du Black Pearl un film d’aventures empreint de fantastique plutôt étonnant. Avec Le Secret du Coffre Maudit, Ted Elliott et Terry Rossio (comparses spécialistes du genre ayant signé entre autres Aladdin et Le Masque de Zorro) étendent leur création et font du monde des Pirates des Caraïbes un macrocosme riche en détails.

Pirates des caraïbes

S’inspirant d’une partie de l’attraction originale qui voyait des squelettes animatroniques garder jalousement leurs trésors, les auteurs du premier film avaient imaginé une malédiction liée à l’or de Cortès, transformant quiconque volerait l’or en une créature coincée entre la vie et la mort, d’apparence humaine la plupart du temps mais dont la réelle nature est révélée par le clair de lune comme étant des corps en putréfaction au squelette apparent, couvert de lambeaux de chair et de vêtements. Les scénaristes avaient alors donné naissance à l’embryon d’une mythologie, principal atout du film, qu’ils développent davantage dans le deuxième volet.

Par le biais d’un détail comme la mention du nom de Cortès, célèbre conquistador ayant envahi le Mexique pour l’Espagne, volant aux aztèques leurs richesses, les scénaristes situent leur univers dans le monde réel. L’or volé par Barbossa aurait pu être celui d’un autre pirate crée de toutes pièces pour les besoins du film mais en faire celui d’un personnage ayant réellement existé confère tout de suite une dimension plus authentique au film. On aura beau ne rien savoir de Cortès excepté son nom, l’attachement se fera à un degré supérieur du fait qu’il répond à une certaine réalité. C’est ce sentiment que les auteurs vont approfondir dans la suite en faisant appel à de nombreuses inspirations venues d’ailleurs et plus ou moins connues de tous.

Il existe une expression anglo-saxonne désignant les fonds marins, notamment dans le contexte d’un navire ou de ses hommes trouvant la mort lors d’un incident en mer. « Être envoyé dans la cave de Davy Jones », (« to be sent to Davy Jones’s locker »), dit-on, faisant du fameux Davy Jones le diable des mers. Par ailleurs, dans le film, il collecte les âmes, comme d’autres figures diaboliques. Ainsi les scénaristes personnifient l’expression et font de ce personnage légendaire le méchant du Secret du Coffre Maudit. Il est d’autant plus amusant de constater que dès le premier film, l’expression est employée sans que les spectateurs ne se doutent que Davy Jones sera présent en chair et en os par la suite.