Pirates des Caraibes jusqu’au bout du monde

Après la carton planétaire du deuxième volet, voici enfin arrivée la conclusion tant attendue de la trilogie des Pirate des Caraïbes. Est-ce que la sortie de scène du plus célèbre pirate conclut dignement la saga ? Grande aventure épique ou simple ballade tranquille en bateau mouche pour ménagère ménopausée ?

Le film Disney Pirates des Caraibes jusqu’au bout du monde

  • PIRATES DE CARAÏBES : JUSQU’AU BOUT DU MONDE
  • Un film de Gore Verbinski
  • Avec Johnny Depp, Orlando Bloom, Keira Knightley, Geoffrey Rush, Chow Yun Fat
  • Durée : 2h48
  • Date de sortie : 23 mai 2007

Alors que la Compagnie des Indes veut faire main basse sur les océans du monde avec l’aide du terrifiant Davy Jones, Will Turner, Elizabeth Swan et l’équipage du Black Pearl se lancent dans une course effrénée vers le bout du monde, afin de sauver la vie du Capitaine Jack Sparrow

Il nous aura fallu attendre presque un an pour connaître la conclusion du deuxième volet de la série. Savoir ce qu’il advient du « Captain Jack », du couple Will / Elizabeth, et de Davy Jones, car tous les enjeux et les nombreuses intrigues doivent impérativement trouver leur conclusion dans ce volet et ce sans décevoir le spectateur. Pirate des Caraïbes : Le secret du coffre maudit fut un carton monumental au box office 2006, et ce troisième épisode est bien parti pour suivre son aîné. Tourné en même temps que Le secret du coffre maudit, Pirates de Caraïbes : Jusqu’au bout du monde montre ainsi les mêmes qualités, mais malheureusement aussi, les mêmes défauts que son prédécesseur.

Des défauts principalement narratifs, avec un rythme en dent de scie, le film étant un peu trop long. Car après un premier tiers franchement excellent et avec une ouverture morbide plutôt surprenante, le métrage accuse une sérieuse baisse de régime. En fait dès le retour de nos héros de leur escapade « au bout du monde », le film tombe dans un rythme plutôt convenu comme si le fait de revenir dans un univers dit « normal » interdisait les extravagances du début. Là où le deuxième volet nous proposait une séquence sur l’île des cannibales, aussi longue qu’inutile au récit, mais diablement fun et pimentant les aventures de Jack, nous avons droit dans cet opus à d’interminables manigances, trahisons, changement de camp et autre passage de bateau à un autre, bien loin du mouvement « cartoonesque » général du deuxième film. II faudra attendre une dernière demi heure dantesque pour que le spectacle tant attendu arrive. Opposant le Black Pearl et le Hollandais volant dans un duel monumental au beau milieu d’une tempête et d’un gigantesque tourbillon.

Quand le deuxième volet se concluait par un duel épatant sur une plage déserte basé uniquement sur les comédiens et la chorégraphie, Gore Verbinski lâche ici l’artillerie lourde dans un déluge d’action et d’effets spéciaux renversants et spectaculaires. D’ailleurs ILM est bien parti pour récupérer une nouvelle fois un Oscar rien que pour cette scène mémorable. Cumulant tous les clichés du film de pirates, avec ses duels et ses abordages, mais dans une proportion et une surenchère encore inégalées, et avec un Jack Sparrow virevoltant dans des acrobaties à faire pâlir de jalousie Spider-man.

Ainsi le principal défaut du film comme pour Le secret du coffre maudit, est d’ordre narratif, mais aussi scénaristique. Un défaut qui commence à être embarrassant car au beau milieu du métrage, soit à environ quatre heures d’histoire cumulées avec le précédent volet, on en est encore à se demander pourquoi Davy Jones est comme ça, comment fonctionne sa malédiction sur son équipage et pourquoi Jack n’est pas sur le Hollandais Volant, etc. Et les scénaristes y ajoutent en plus de nouvelles intrigues, et un nombre hallucinant de trahisons et de rebondissements embrouillant encore plus le spectateur pendant tout le deuxième tiers du film. Heureusement cela ne dure pas et tout devient clair avant la bataille finale avec des enjeux bien délimités.

Mais ce problème est aussi source d’un des plaisirs du film. Au bout d’un moment et à force de compliquer inutilement les choses, plus personne ne fait confiance à qui que ce soit et chacun essayant de s’en sortir le mieux possible quitte à écraser les autres pour cela. Un exercice où excelle Jack Sparrow. Car encore une fois c’est lui qui émerge de ce joyeux bordel où tout le monde se tire dans les pattes en gesticulant et en grimaçant dans tous les sens. Car ce que l’on retiendra des trois Pirates des Caraïbes, c’est le capitaine Jack Sparrow et l’incroyable prestation de Johnny Depp. Il se fait désirer comme une rock star et apparaît seulement au bout de 25 minutes dans une scène qui restera dans les annales. C’est l’une des meilleures scènes du film (voire la meilleure), où l’on voit le capitaine du Black Pearl évoluer « seul » à l’écran dans un univers surréaliste magnifique et nous livrer un one man show complètement barré pendant dix minutes. Et le spectacle est loin de se terminer là. Effectivement, seule la présence à l’écran du lovecraftien Davy Jones, toujours aussi réussi, peut rivaliser avec le charisme de Depp et l’empathie que ressent le spectateur envers Jack Sparrow, devenue en deux films une véritable icône populaire et l’un des personnages marquants du cinéma.

Comme pour les précédents volets, dès qu’il disparaît de l’écran l’intérêt retombe et ce n’est pas la sous intrigue concernant Will Turner, interprété par un Orlando Bloom toujours aussi fade et inexpressif, qui nous passionne. Devant la cadence infernale imposée par Johnny Depp, le reste du casting s’en sort fort bien et le retour de Geoffrey Rush est particulièrement bénéfique à l’humour du film. Il forme avec Johnny Depp un sympathique duo bien plus efficace que celui formé avec Orlando Bloom. Mais la grosse déception côté casting est la sous exploitation de Chow Yun Fat. Malheureusement ceux qui s’attendaient à le voir en pirate chinois bien énervé se bastonnant dans des duels épiques en seront pour leurs frais. La star asiatique apparaît à peine un quart d’heure en tout et son personnage au potentiel énorme est réellement bâclé, disparaissant du métrage aussi vite qu’il est venu. Dommage.

Pirates des caraibes, jusqu’au bout du monde

Ces quelques frustrations et déceptions n’empêchent heureusement pas d’apprécier ce Pirates des Caraïbes : Jusqu’au bout du monde. Suite parfaite du précédent, dans le sens où toutes nos questions et attentes suscitées il y a un an trouvent leurs réponses, et où l’on assiste au « Jack Sparrow Show » entrecoupé de scènes spectaculaires riches en effets spéciaux à s’en décrocher la mâchoire mais que l’on aurait aimé plus fréquentes. Concluant provisoirement la saga (la fin est très ouverte) sans décevoir mais ni surprendre ou innover réellement, ce troisième volet remplit son contrat de bon divertissement haut de gamme. Et ce n’est déjà pas si mal.

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