Pirates des Caraibes le secret du coffre maudit

Qu’y a-t-il de plus beau qu’un chef pirate exhortant son équipage, sur le pont d’un navire prêt à subir la semonce d’un adversaire ? Y a-t-il plus cinégénique qu’un galion qui file, toutes voiles déployées, à travers les largeurs cinémascope d’un océan sans fin ? La mort du vieil Hollywood, à la fin des années soixante, a emporté par le fond deux de ses genres cinématographiques les plus absolus, à savoir la comédie musicale et le swashbuckler (film de cape et d’épée).

Le film Walt Disney Picture Pirates des Caraibes le secret du coffre maudit

Ce n’est pas un hasard si ces deux genres fonctionnaient sur des principes similaires : la nécessité d’une totale suspension d’incrédulité (« Oui on peut régler tous ses problèmes à coups d’épée ! Oui dans la vie on chante ses sentiments sans prévenir ! »), une construction dramatique portée essentiellement par la rythmique et la « musicalité » des situations ; et enfin une débauche de grâce à travers des ballets virtuoses, qu’il s’agisse de duels ou de parades amoureuses. En tant que swashbuckler, le film de pirates est donc avant tout affaire d’esthétisme baroque et romantique et de musicalité pompière. Ceux qui n’ont rien compris à ces évidences (au hasard Renny Harlin et son Ile aux pirates) n’ont su faire que des dérivés de l’Arme Fatale en costume XVIIIème siècle. Ceux qui se sont pliés à ces règles (Martin Campbell et son Masque de Zorro) n’ont pas eu besoin de génie pour régénérer une petite partie de l’étincelle. En adaptant l’attraction des Pirates des Caraïbes, le producteur Jerry Bruckheimer avait au moins eu le réflexe de ne pas (trop) y imposer sa signature rigide, automatique, qui peut servir un genre « carré » et massif comme le film d’action, mais qui serait tout à fait déplacée sur un swashbuckler, genre qui ne pense et n’évolue qu’en arabesque et spirales virtuoses.

  • PIRATES DES CARAIBES, LE SECRET DU COFFRE MAUDIT
  • Un film de Gore Verbinski
  • Avec, Johnny Depp, Orlando Bloom, Keira Knightley
  • Durée : 2h30
  • Date de sortie : 02 Août 2006

Pour empêcher l’exécution prochaine de son fiancé Will Turner, Elizabeth Swann doit retrouver à tout prix Jack Sparrow. Mais ce dernier est en fuite perpétuelle, pourchassé par l’équipage du maléfique Davy Jones, à qui il avait autrefois promis son âme.

Tout comme son prédécesseur, Pirates des Caraïbes 2, Le Secret du coffre maudit reprend une imagerie qui mêle allègrement l’illustration d’aventure française de la fin du XIXème siècle, le souvenir du film swashbuckler d’antan et quelques restes victoriens à la Peter Pan. Mais tout comme son prédécesseur, il préfère évoquer plutôt qu’invoquer. En effet, une fois de plus, les couleurs ont été volontairement atténuées, donnant l’impression que les séquences maritimes en plein jour ont été tournées quelque part au nord de l’Ecosse. Les costumes rouges de la garde anglaise deviennent du vermillon, les visages pâlissent et un brouillard nordique semble flotter perpétuellement au-dessus d’une mer qu’on croyait être celle des Caraïbes (la dernière demi-heure, au cœur d’une île verdoyante, retrouve heureusement quelques teintes).

pirates des caraibes 2

Une fois de plus, le compositeur Hans Zimmer, en digne rejeton de Giorgio Moroder, a enfilé ses moufles pour diriger son orchestre symphonique comme s’il s’agissait d’un orgue Bontempi. Ces deux points critiques n’ont, semble-t-il, rien de hasardeux. En reprenant à leur compte une imagerie qu’on associe de près ou de loin à une forme d’innocence et de simplicité, Bruckheimer et Gore Verbinski savent qu’ils s’exposent dangereusement à une notion cancéreuse qui pourrit le cinéma de divertissement : la crainte du « kitsch ».
Disparues les couleurs vives et le technicolor flamboyant de costumes surchargés, ça ferait « kitsch ». Disparus les accords symphoniques majestueux d’un Erich Wolfgang Korgold (compositeur de l’Aigle des Mers et de Captain Blood, initiateur du style musical propre au genre), car cette musique ferait « kitsch ». En s’adressant à un public qu’ils considèrent d’emblée comme cynique, incapable de se projeter à 100% dans une fiction fantaisiste, et regardant les figures imposées comme autant de « grosses ficelles », les auteurs de Pirates des Caraïbes, le secret du coffre maudit s’efforcent de reprendre d’un côté (l’esthétique) ce qu’ils offrent de l’autre (les éléments).

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