Ratatouille (août 2007)

C’est un peu pavlovien, je n’y peux rien, mais à chaque nouveau Pixar, c’est toujours la même illumination, le même émerveillement. Ratatouille est la troisième réalisation de Brad Bird après les sympathiques Géant de fer et les Indestructibles, grand succès public et première collaboration du réalisateur avec Lasseter. Mais ici, il faut bien avouer que les studios ont passé la vitesse supérieure en conjuguant la rigueur et l’inventivité du scénario avec une qualité technique proprement hallucinante.

Ratatouille, c’est hallucinante

Chez Pixar, tout commence par l’histoire, la technique ne venant que parachever l’excellence du scénario. Nous suivons donc le petit rat Rémy, amoureux de cuisine et qui va vivre sa passion au restaurant de Gusteau, chef multi étoilé mais récemment assassiné par la critique (il en est mort d’ailleurs…). Au côté du jeune et maladroit Linguini, il va devenir le plus grand chef parisien… Le premier élément marquant est l’incroyable travail documentaire préalable et qui a servi de base à la description de la cuisine et du fonctionnement d’un grand restaurant. La première arrivée de Rémy, traitée en de longs plans séquences et en une course folle, permet de construire tout l’espace de la cuisine et du restaurant en le structurant en sous-ensemble : la mise en scène plante littéralement le décor, définissant les parcours multiples que suppose une cuisine et la dessinant comme un lieu d’effervescence, d’activités et…de pouvoirs. L’étude et la description de la logique économique et artistique d’un grand restaurant sont donc placées au cœur même du film.

Un sel dans la production

La richesse thématique fait souvent tout le sel des productions Pixar qui ne se réduisent jamais à la thématique habituelle du conte, soit l’accomplissement de soi au terme d’un parcours initiatique qui est découverte d’une identité et reconnaissance de la valeur l’autre. Si Ratatouille s’articule naturellement à cette structure narrative, il fait également sens sur le plan d’une mise en abîme qui questionne le propre genre du film d’animation. Ainsi, l’anthropomorphisme, au fondement même d’une partie des films d’animation Disney, est constamment mis en scène et questionné. Rémy ne communique avec l’homme que par ses gestes et son langage corporel. S’il veut être comme l’homme (vœu et assise du film anthropomorphique), il apprendra pourtant à rester rat et à s’accepter comme tel. Autre idée géniale, avoir transformé un homme (le chef Gusteau) en compagnon du rongeur là où d’habitude c’est la bête qui n’est que le faire valoir de l’humain. Ratatouille fonctionne ainsi sur ce renversement constant des propriétés et thématiques : c’est la hantise même du restaurant qui en devient le sauveur. Vous verrez également que le stratagème trouvé pour faire cuisiner le petit rat est aussi une belle manière de symboliser le travail d’animation.

Le critique porte une réflexion

Autre nœud scénaristique brillant, le personnage du critique et la définition de ce que doit être la cuisine. Le critique fait peur, assassine, sa silhouette hiératique, ses apparitions très « expressionnistes » le catégorisent d’emblée comme celui qui rechigne à un plaisir simple. Parce qu’il absolutise la cuisine, en fait une valeur indépassable, il se fait personnage castrateur. Mais voilà, le film est réconciliation et dans une scène rappelant la fameuse Madeleine de Proust, il saura retrouver le plaisir simple des choses simples. Image parfaite du critique cinématographique, le critique porte avec lui une réflexion sur le rapport du contenu à son commentaire et dessine une philosophie finale de la simplicité qui tranche avec la cuisine comme grande institution élitiste. Car, par delà la critique de la malbouffe, le goût affiché pour une alimentation de choix, pour une éducation des saveurs et arômes, se lit la volonté de ramener la cuisine au niveau d’une pratique simple, humble, démocratique : il y a des grands chefs, nous dit en substance le film, mais tout le monde peut cuisiner et par delà l’image de la grande cuisine, celle qui aujourd’hui est instrumentalisée dans un unique but économique (vendre des produits surgelés et autres junk food), demeure les valeurs d’une culture française du bien manger et de la simplicité. Le chef Gusteau incarne d’ailleurs ce système de valeurs et Linguini est là pour continuer et transmettre ce patrimoine. Ratatouille est en ce sens un film sur la transmission : celle d’une culture, d’un ensemble de valeurs et de pratiques que se transmettent les personnages (voir la scène entre Linguini et Colette) mais qu’ils nous transmettent également, à nous autres, spectateurs et cuisiniers du dimanche.

Pixar représente un richesse rare dans Ratatouille

Un bon scénario, c’est très bien mais appuyé à une réalisation au poil (de rat), c’est encore mieux. Chaque nouvel opus est l’occasion pour Pixar d’aller toujours plus loin. Jamais le travail graphique n’a été aussi poussé. Les textures sont d’une richesse rare : il suffit de regarder les poils de rats s’animer ou simplement se pencher sur les décors pour comprendre que l’imagerie numérique a franchi une nouvelle étape. Sa plus grande perfection réside aujourd’hui dans sa capacité à mimer de l’imperfection : les pavés jamais identiques, les fissures dans les décors jusqu’au grain cinéma, tout concourt à donner une image réaliste mais forcément stylisée de Paris. Le travail sur la lumière et les ambiances est aussi à mettre au crédit de l’équipe. Notons enfin la richesse des mouvements de caméra et des séquences d’action (la marque Brad Bird).

Vraiment, Ratatouille m’a emballé, comme m’avait déjà emballé Cars en son temps. Il y a de la magie ici, une capacité rare à passer du conte au réel sans jamais déséquilibrer l’ensemble. N’hésitez pas, foncez !!!

Ps : si après ce film, vous n’avez pas envie de manger ou de cuisiner…

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